PLAGIAT DE LA PART D'UNE ENFANT DE 12 ANSBrûlé se brûleMarie-Joëlle Parent Journal 22-03-2007 | 11h20
Michel Brûlé s'est adonné à plusieurs séances de damage control hier. «Je n'ai rien vu venir, tout me laissait présager que j'étais devant une surdouée», a-t-il affirmé au téléphone depuis Paris. Un quotidien montréalais rapportait hier que le roman de Marie-Pier Côté, Laura l'immortelle, sorti en janvier dernier, a été copié mot pour mot de l'œuvre d'un auteur français pigée dans Internet. Tourmente Au cœur de la tourmente, la jeune fille de 1re secondaire s'est absentée de son école hier. «Le message qui a été laissé à nos élèves, c'est qu'il y a des conséquences - le plagiat est grave -, mais on doit la soutenir», a dit Marie Vandemoortele, directrice de l'école d'éducation internationale à McMasterville, jointe au téléphone. «C'est une enfant et les adultes autour d'elle auraient dû faire preuve de vigilance», a-t-elle ajouté cependant. Michel Brûlé, éditeur de la jeune auteure, affirme n'avoir rien rien remarqué. «Dans ses courriels, elle parlait de recherches poussées sur les droits d'auteur», soutient l'éditeur, qui se dit bouleversé par ce que vit la famille Côté en ce moment. Il exige tout de même de leur part une réparation de près de 30 000 $. (Brûlé avait signé un contrat avec la mère de la jeune fille.) Il compte remettre cette somme à l'auteur plagié, le français Frédéric Jeorge, en plus des recettes du livre, se chiffrant autour de 13 000 $. «Il est de mon devoir de prendre une position claire par rapport au plagiat», dit-il. Brûlé nie avoir manqué de vigilance. «On a fait notre travail, il y a un processus en trois étapes, j'engage les meilleurs réviseurs et correcteurs du Québec», dit-il. Critiqué Une réponse qui ne satisfait pas l'Association nationale des éditeurs (ANEL). «Chez les enfants, quand on voit une œuvre presque parfaite, ça devient difficile de ne pas avoir de doutes», souligne Hélène Derome, vice-présidente de l'ANEL. «Les éditeurs ne sont pas infaillibles face au plagiat, mais il y a eu un manque de vigilance», affirme Hélène Derome. «On a un travail de conseiller, ce sont des choses qu'on devrait pouvoir voir, surtout quand il s'agit d'un enfant», dit-elle. Chaque livre a un suivi avec l'éditeur ; normalement, certaines choses sont soulevées et mettent la puce à l'oreille. L'ANEL compte une centaine de membres, soit la moitié des éditeurs du Québec. Ils se sont doté d'un code d'éthique qui établi les normes de rigueur à suivre, entre autres pour éviter le plagiat. Michel Brûlé n'en est pas membre. Un pari risqué «C'est la nouvelle mode de publier des enfants, mais c'est un pari risqué», dit l'ANEL. La triste histoire de Marie-Pier Côté fait ressurgir la question du danger de publier des enfants, les exposant ainsi à des répercussions irréparables. Manuscrits La courte échelle, qui reçoit des tonnes de manuscrits écrits par des jeunes, a décidé de ne pas publier ces romans d'auteurs enfants. Une question d'éthique et de protection. «La responsabilité de l'éditeur est d'autant plus importante dans les cas où il y a des enfants impliqués», dit Hélène Derome, présidente de La courte échelle. «Ça fait 20 ans que je suis dans le milieu et c'est la première fois qu'une enfant est prise à plagier», ajoute-t-elle. «Il n'y a pas d'urgence à publier, il faut s'assurer que le talent se développe», dit Mme Derome. La publication du roman a-t-elle été trop hâtive ? «Est-ce qu'on aurait dit à Mozart d'attendre de jouer à 18 ans ?» a répondu Michel Brûlé. Dans le site des Intouchables, hier, le roman figurait toujours parmi la liste des auteurs avec la mention INDISPONIBLE. |