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Patrick Senécal - Retrouver un sens
© Photo Alfred Vincent
À travers son thriller, Patrick Senécal canalise sa colère contre les émissions de téléréalité.

PATRICK SENÉCAL

Retrouver un sens

Manon Guilbert
Le Journal de Montréal
12-03-2007 | 12h49
Patrick Senécal avoue avoir eu la trouille en s’attaquant à la rédaction du Vide. Mais il ne pouvait plus taire cette réaction de colère qu’il sentait sourdre en lui. Pour le faire, il raconte une histoire qui suscite, comme il l’a souhaité, la réflexion.

Sur le mode du thriller, il a imaginé un gourou qui amène les gens à se mesurer à des extrêmes. L’idée lui trottait dans la tête depuis une bonne dizaine d’années déjà, mais a tardé à s’incarner.

«La télévision est un bon vecteur, dit-il. C’est un bon moyen de parler de ce fanatisme qui s’empare des gens. Mon livre est dur, oui, admet-il, mais pas vraiment étonnant. C’est là que nous amène la société du divertissement. Au XIXe siècle, continue-t-il, les gens travaillaient 14 heures par jour et il n’y avait que les aristocrates qui jouissaient de beaucoup de temps pour s’ennuyer.

Maintenant, on travaille moins mais on meuble à court terme tout ce temps libre sans approfondir ses rapports avec les autres. On tombe dans la facilité. Ça nous arrange!»

Le choix de l’insignifiance
L’écrivain s’est attardé à cette peur qu’ont ses contemporains à se regarder eux-mêmes, qui choisissent l’insignifiance plutôt que de se remettre en question. La télévision reflète exactement les symptômes de ce malaise contemporain.
«À travers un thriller, explique-t-il, je démontre la perte de sens chez les gens qui m’entourent et qui composent la société.»

À la fin de la trentaine, Patrick Senécal, papa de deux jeunes enfants, n’a rien de suicidaire. Il aime la vie et s’insurge en réalisant ce qu’on en fait. Instinctivement, il s’est laissé guider par le cynisme de son sujet pour raconter une histoire qui force la réflexion.

Tout au long de l’écriture, il s’est laissé emporter par son envie d’être au diapason de ses lecteurs. Il aime les prendre par surprise, les amener là où personne ne s’y attend. «J’adore, je l’avoue, manipuler les lecteurs. Pour ça, je ne me simplifie pas la vie.»

Ellipses de temps, narration défiant la chronologie des événements, l’écriture de Patrick Senécal suit avec intensité le parcours que fera plus tard le lecteur.

Sur les traces de Zola
«Émile Zola, dévoile-t-il, est mon auteur préféré. Il est un modèle. Il dit de grandes choses tout en racontant une aventure. Mon premier but est de construire une histoire et à travers elle, la réflexion se dégage. L’histoire est le moteur de tout ça. Je ne veux pas avoir la prétention de faire réagir. Je provoque en décrivant des personnages au bord de la chute libre. C’est fascinant à explorer.»

Poussé par la passion, plus que par l’appât du gain, Patrick Senécal vit de son écriture. Il se sait privilégié. «On a tant bâti autour du mythe de l’écrivain, conclut-il. Pourtant, il n’y a pas de secret. Derrière chaque mot, chaque page, chaque chapitre, il y a du travail.»




ÉCRIVAIN A TEMPS PLEIN

Peu nombreux sont les auteurs qui peuvent se targuer de vivre de leur plume. Patrick Senécal est l’un d’entre eux. Depuis trois ans, il a réduit les heures consacrées à l’enseignement et vit à plein temps son métier d’écrivain.
Il admet que le fait que Sur le seuil ait été repris au cinéma lui a donné un sacré coup demain. Plusieurs autres de ses romans sont entre les mains de producteurs. De ceux-ci, il attend le verdict pour 5150 rue des Ormes, qui devrait se faire entendre dans les prochaines semaines. Il a par ailleurs déposé le scénario d’Aliss, un roman précédent, et on a démontré de l’intérêt pour Les 7 Jours du Talion chez d’autres producteurs.

Dans cette transformation du livre à l’image, Patrick Senécal tient à participer au scénario. Pour lui, l’expérience représente un autre défi qui évite la mauvaise surprise de voir ses histoires complètement dénaturées. Son implication rend donc inapplicable, à ce moment, l’affirmation voulant que le livre soit bien différent de la version cinématographique!

Une charge anti télé
Le Vide, son dernier roman, un pavé de quelque 800 pages, a aussitôt après sa publication intéressé les «faiseurs d’images».On y a vu le matériel à une série télévisée plus qu’un long-métrage où il faudrait nécessairement condenser ou omettre une foule de tableaux et d’événements.

Patrick Senécal admet tout de même qu’il serait étonnant qu’on produise une série de télé d’après un roman qui est d’une grande virulence sur les choix de ce médium.

«Est-ce que la télé peut se permettre de critiquer la télé? questionne-t-il. On verra bien!» Patrick Senécal avoue qu’il nourrissait depuis quelque temps déjà une colère contre les téléréalités de tout acabit. L’idée d’en faire un roman lui a effleuré l’esprit il y a déjà dix ans. Le Vide est teinté de cynisme. Il jette sur la télévision d’aujourd’hui un regard déprimant qui traduit une tendance sectaire et effrayante. Il a eu envie de la dénoncer.

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