DENISE DUFOUR-CLÉMENTIl n'y a pas d'âge pour écrire!Marie-France Bornais 03-07-2010 | 04h00
Denise Dufour-Clément a mis trois hivers à écrire Flora Martin, revoyant son enfance heureuse à Saint-Alexis-de-Matapédia et l’histoire de sa grand-mère paternelle. Voir son manuscrit publié chez Flammarion-Québec à l’âge de 75 ans lui a donné des ailes! Le roman historique débute à la fin du XIXe siècle, alors que Flora Martin, descendante d’exilés acadiens et écossais, rentre à Saint-Alexis-de-Matapédia après un séjour de deux ans à Boston, chez son amie Marie Bastarache. Auprès du mari de cette dernière, le Dr McLean, elle a acquis un savoir médical qui lui a permis de penser autrement et de s’émanciper. À contrecourant, Flora Martin assume sa personnalité forte et différente et, tout en restant libre, trouvera l’amour auprès de Jules Dufour, un forgeron au caractère joyeux qui n’aimait ni les dogmes, ni l’obscurantisme, ni les idées toutes faites, ni «tout ce qui sentait l’encens». La grande quête d’amour et de liberté mise de l’avant dans le roman a pris forme peu après la retraite de l’auteure, qui s’ennuyait de ses élèves après une brillante carrière de professeur de lettres aux collèges Villa Maria, Marguerite-Bourgeoys et Regina Assumpta de Montréal.
De temps à autre, elle en lisait des passages à son mari Jacques, avocat. «Il en avait les larmes aux yeux. Je me disais... ah bon?»
SOUVENIRS HEUREUX«Je voulais aussi que mes quatre enfants et mes neuf petits-enfants revoient les valeurs auxquelles je tenais à travers ma grand-mère, parce qu’elle avait les mêmes valeurs que moi. J’ai écrit ce livre comme une espèce de testament spirituel ou humain – j’ai quand même 75 ans – tout en retrouvant mon enfance et les choses que j’ai aimées.» À travers ces souvenirs, le visage de sa grand-mère paternelle, Flora Martin, décédée en 1961, s’est imposé. Elle aimait le beau port de tête et l’érudition de sa grand-mère, qui l’a initiée à la poésie épique de Longfellow en lui offrant un exemplaire d’Évangéline, qu’elle a toujours dans sa bibliothèque. «Je la trouvais noble et je la trouvais différente. Elle se questionnait. Elle avait des désirs, des idées qui étaient différentes. J’admirais son audace parce que quitter son village à l’époque et monter à Boston, c’était quelque chose. Elle a brisé certaines idées bien établies à son époque et dirigé sa vie selon les valeurs auxquelles elle croyait.» L’ouvrage avait un triple but pour l’auteure. «Je voulais me remémorer les choses que j’aimais, donner un héritage culturel, historique et spirituel à la famille, à mes enfants et mon mari, et ensuite, donner un cadeau à la paroisse de Saint-Alexis-de-Matapédia.»
DU BIENTout un défi d’écrire un roman après 70 ans? «Ah mais non!» s’objecte-t-elle gentiment. «Ça va très bien quand les souvenirs remontent et moi, j’ai toujours aimé écrire.» «Il y a vraiment des passages où j’étais au bout de mon crayon, car j’écris dans des cahiers lignés et tout ça coulait de source. Je sais... j’écris un peu à la façon ancienne, mais je n’aurais pas pu écrire autrement. Je pense que j’ai été très influencée par François-René de Chateaubriand, avec ses imparfaits et son romantisme. Je ne suis peut-être pas une femme moderne pour l’écriture, mais je pense que je le suis pour autre chose!»
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