SÉRIE VAMPIRIQUECharlaine Harris s’inspire de sa communauté19-06-2009 | 10h49
C’est bien loin des terrains de caravanage et des bars country. Sauf depuis que Charlaine Harris a créé Sookie Stackhouse, son personnage de serveuse télépathique. La série Southern Vampire Mysteries de Charlaine Harris fait même maintenant partie de la liste des best-sellers du New York Times. Elle a charmé nombre d’admirateurs au-delà de sa petite ville du sud d’Arkansas. La série littéraire a aussi été transformée en série télé pour HBO. Les romans de Harris sont remplis de sexe, de violence et de pointes d’humour, mais les questions de race et de changements sociétaux sont au cœur de sa prose. Cela dit, la mère de trois enfants affirme que son objectif premier était de trouver une idée qui se vendrait. «Je ne pars pas en croisade, explique Mme Harris. Je veux juste passer un message. Si les gens le comprennent, parfait. Sinon, c’est correct.» Le village de Sookie Stackhouse se nomme Bon Temps et est situé en Louisiane. Il ressemble à un village du sud où a grandi Charlaine Harris avec des serveuses qui portent des souliers de course en toile et qui magasinent chez Wal-Mart. Le village est parsemé de roulottes et des camionnettes remplissent le stationnement du bar où l’héroïne travaille. Pour Kevin Durand, un professeur adjoint de la Henderson State University à Arkadelphia, la vie à Bon Temps lui rappelle l’endroit où a vécu sa famille en Louisiane. «La description de l’endroit me rappelle un endroit où je suis passé, explique Durand spécialisé en matière de goules et de vampires. J’ai déjà vu ces trucs.» Ce sentiment d’appartenance permet au fantastique d’avoir l’air ordinaire, surtout avec les loups-garous, les fées et les sorcières qui entourent Sookie et ses amis les vampires. On retrouve même des vampires comblés par les réserves de sang artificiel produites au Japon, qui tentent de planifier leurs rénovations la nuit.
«Je me suis inspirée de ce que je connais de la vie dans un village quand on a très peu de revenus, qu’on doit vraiment gratter le fond de ses tiroirs et prévoir l’argent de ses taxes, explique-t-elle. C’est la majorité des gens, il me semble.» C’est l’image de Magnolia, une ville de 11 000 habitants à environ 20 milles de la Louisiane. Le petit tribunal du comté est situé près d’un belvédère. Des murailles de fleurs de magnolias et de tours à pétrole, qui étaient autrefois le pouls du village, couvrent les murs de l’immeuble. De l’autre côté de la rue, des travailleurs se paient un bon souper. Mais ne vous attendez pas à voir une bouteille de vin, c’est une circonscription sans alcool. C’est à cet endroit que les habitants arrêtent cette rousse de 5 pieds à l’épicerie, même s’ils n’ont jamais lu un de ses livres. Elle est bénévole à l’église, où les membres n’ont que faire de ses histoires crues et violentes. La bibliothèque, une ancienne église, contient une étagère remplie des livres de Harris, dont ses premiers romans à énigme. «Tout ce que Charlaine écrit s’envole comme un ballon rempli à l’hélium à Magnolia», explique Dana Thornton, la directrice adjointe de la bibliothèque. Les livres de la série de Sookie Stackhouse se lisent rapidement avec des chapitres qui s’emboîtent l’un dans l’autre à la manière de ses romans à énigme. Tandis que Sookie est mêlée à ses intrigues amoureuses et meurtrières, les romans sont aussi parsemés de critiques sociales. Les vampires qui s’étaient autrefois volontairement exilés «sortent du cercueil», un parallèle avec l’acceptation des homosexuels. «C’était pour moi une situation très semblable, affirme Harris. C’est admettre publiquement l’existence de quelque chose qui existe en cachette.» Ces vampires attirent Sookie, qui lit les pensées, puisqu’elle ne peut pas lire les leurs. Ils ressemblent aux vampires des romans et des films habituels, mais Harris les a couverts d’une noirceur que l’on retrouvait avec Bram Stoker, explique Durand. «Ce ne sont pas de joyeux toutous; ils représentent tout de même une menace, dit-il. La seule raison pour laquelle ils ne détruisent pas tout, c’est qu’ils se retiennent.» Les conflits ethniques ont aussi une place dans les romans. Il y a peu de personnages de race noire, un problème que reconnaît l’auteure. Dans le premier roman de la série, on parle d’ailleurs du besoin d’avoir une maison funéraire pour les noirs et une autre pour les blancs à Bon Temps, ce qui selon Harris ressemble plutôt à la tradition qu’à de la discrimination. Harris a grandi à Tunica au cours des années 60. Aujourd’hui, les casinos abondent sur les bords de la rivière Mississippi, mais à l’époque, la ville était entourée de rizières et 80 pour cent des habitants étaient de race noire. L’intégration de l’école secondaire s’est faite en 1969, tandis que Harris en était à ses dernières années du secondaire. «C’était très difficile et effrayant. Honnêtement, je félicite les deux jeunes femmes noires qui ont obtenu leur diplôme dans ma classe. Je ne sais pas comment elles ont réussi.» Ceux qui se révoltent contre les changements de la société se retrouvent dans le village de Sookie Stackhouse après la révélation de ces créatures surnaturelles. Sookie en est la cible et sa «faculté» de lire les pensées la met souvent sur leur chemin. Lors d’une attaque terroriste contre les vampires, elle est appelée à aider les pompiers à retrouver les victimes tandis qu’une atmosphère de «haine» plane dans l’air: une allusion au 9 septembre.
Une autre catastrophe survient près du lieu de résidence des personnages du livre. Il s’agit de l’ouragan Katrina. Les vampires tentent de réparer les toits avec des bâches bleues. Sookie invite les victimes de la tempête chez elle, et ce sont des sorcières, évidemment. Quelques lecteurs étaient contre la référence à l’ouragan et ont accusé l’auteure de se servir de la tragédie. Mais selon elle, il aurait été impossible de ne pas la mentionner. «Je me suis posé la question… comment pouvais-je écrire un livre sur la Louisiane sans mentionner Katrina? Ça aurait été invraisemblable. La dernière chose que je veux c’est avoir le sentiment que je profite de la misère des autres.» Les péripéties de Sookie – romantiques et autres – se poursuivront dans au moins quatre autres romans, affirme l’auteure. La prochaine aventure sortira en octobre et traitera d’éléments de la vie de Sookie qui n’ont pas encore été abordés. Mais ce sentiment de petite ville et les détails de la propre vie de Harris continueront d’embaumer les pages de ses romans. «Vous devez utiliser tout ce que vous avez», explique-t-elle. |