NOUVEAUTÉAssis au bord du mondePar Maxime Catellier 16-04-2009 | 04h00
La mémoire est une faculté qui oublie, dit-on. Parlez-en aux Randall, cette famille dont la psyché s’édifie et s’effondre à l’appel renouvelé et sans cesse défectueux des fins du monde prochaines. Hope, cadette de la catastrophe à venir, se retrouve à Rivière-du-Loup en raison des sautes d’humeur de sa mère, pour qui la fin du monde doit arriver, en ce mois d’août 1989. Mais rien. Du vent. La mère Randall se lance alors dans un recalcul diabolique du calendrier grégorien, tout en entassant les vivres afin de prévenir l’apocalypse retardataire. Roman rétro-futuriste, réfléchissant à la fois sur l’histoire de l’Occident, l’amour au temps de la télévision, de même que le destin individuel par rapport aux cellules familiales guidées par une généalogie pour le moins inhabituelle, entre la culture du béton et celle de la fin des temps, Tarmac se laisser dévorer tout seul. Quant à Nicolas Dickner, il coule des jours paisibles, papa et écrivain. «Il est arrivé un moment dans ma vie où j’ai décidé qu’il fallait que ce soit possible, d’avoir une famille et d’être écrivain, nous confie-t-il. Pour l’instant ça marche plutôt bien, et même en ce moment avec la crise économique, il semblerait pour la première fois de ma vie que ça ne soit pas pire d’être écrivain que d’être plombier ou électricien. On en voit beaucoup sur le chômage, ces temps-ci. Mais je n’en tire pas de conclusion religieuse. C’est pas une religion, l’écriture. C’est un métier, dans lequel tu peux être plus ou moins engagé spirituellement si ça te tente, mais c’est fondamentalement un métier. Probablement un peu différent de la plupart des métiers. En bout de ligne, faut que ça puisse fonctionner peu importe la façon dont tu décides de vivre. Sinon, c’est quoi, c’est la trappe!? Tu rentres chez les frères? Moi, je suis un écrivain séculier. Je vis en paroisse!» Entre nos considérations sur la disparition des écrivains publics en Occident, sur la mise en marché du bouquin en tant qu’objet esthétique, sur la diminution des coûts de production de ces mêmes bouquins, on en arrive inévitablement à la question de l’écriture. Écrit-on à partir de rien, et tisse-t-on nos histoires à partir des bouts de ficelle que nous accumulons au fil de nos lectures? «Je crois qu’on fait beaucoup de recyclage, de récupération, tranche Dickner. Plus on l’admet, plus on est prêt à le reconnaître et à en tirer parti, plus on va avoir d’outils à notre disposition et mieux on va les utiliser. En fin de compte, c’est ça. Faut voir les différents formats, les différents genres, les techniques narratives comme autant d’outils. Il n’y a vraiment que dans notre métier qu’il peut avoir cette fermeture de certains artisans face à certains outils. Tu verrais pas ça, un plombier refuser d’utiliser un tournevis, de trouver cet outil surfait. C’est un outil, tu l’utilises, c’est tout.» |