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© Photo Le journal – Pierre Vidricaire |
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ARLETTE COUSTURE
Écrire dans la solitude
20-09-2008 | 04h00
Arlette Cousture fait partie des rares écrivains québécois qui ont l’aisance de ne vivre que de leur plume. Depuis la publication des
Filles de Caleb en 1985, elle peut y consacrer à son gré tout son cœur.
Un huitième roman, Depuis la fenêtre de mes cinq ans, la ramène sur la scène littéraire après un silence de plusieurs années. Pendant cinq ans, elle a laissé grandir en elle quelques projets qui tour à tour la ramènent dans l’œil des médias.
«C’est vrai, dit-elle, qu’il s’agit de quitter pendant quelque temps pour que tous se questionnent. Que fait-elle? Où est-elle? Mais un écrivain écrit dans la solitude, dans sa retraite, loin des faits de l’actualité. Voilà!» Arlette Cousture adore sa vie. Elle affirme ne pas entretenir le feu des éclairages sur sa personne.
«Ce n’est pas vraiment moi. Les écrivains, je pense, sont des paradoxes vivants. Je n’aime pas les caméras et je jouis, c’est extra, du temps qui m’appartient. Je lui donne la consonance que je veux. C’est moi qui décide de tout.»
L’ÉCRITURE EXCLUSIVEMENT
Depuis 25 ans – bizarrement elle n’avait pas fait ce calcul –, Arlette Cousture ne se dédie plus qu’à l’écriture. Le temps où elle enseignait, travaillait à Hydro-Québec et à Radio-Canada est maintenant chose du passé.
«On ne me reconnaît pas. J’ai changé. Écrire à plein temps fait partie d’une grande discipline. C’est physiquement et moralement exigeant. Mais au cours de ces années, j’ai travaillé fort. J’ai géré mon temps. Écrire, c’est un entraînement quotidien. Tu choisis pendant neuf mois d’aller frapper des balles de tennis sur un mur. Tu es tout seul et chaque jour, tu le fais régulièrement. Après quelques heures de cet exercice, tu remballes ta raquette et tes balles. Et personne, ne t’a vue te dépenser!»
La fenêtre de l’enfance
Arlette Cousture voyage entre les genres. Grandes sagas historiques et romans à saveur historique rythment sa création. Cette fois, à travers les yeux d’une petite fille de cinq ans, elle renoue avec l’enfance et une façon de vivre dans les années 1950.
Les Filles de Caleb et Ces enfants d’ailleurs, deux grandes sagas aux multiples volets, ont alterné avec des romans plus intimistes comme J’aurais voulu vous dire William et Tout là-bas. La cadence lui plaît. Entre ces grandes histoires où il est nécessaire d’accumuler les documents et les romans qui prennent racine dans les souvenirs et les émotions, elle visite des pôles différents.
Cette fois, elle porte son regard sur l’enfance, celle qui ressemble étrangement à la sienne pendant sa cinquième année. «C’est l’âge où, même petit, on sent que tout va changer, du moins à l’époque où je l’ai vécu. C’est le sursis avant d’être happé par le système.»
Arlette Cousture s’étonne que certaines personnes n’aient conservé aucun souvenir de leur enfance. «Ce n’est pas vraiment moi. Je me souviens de plusieurs événements et de mes réflexions.
J’ai détesté ma première journée d’école. C’est clair, je trouvais ça plate. Je ne saisis pas quand on me dit qu’on a tout oublié de cette période.»
RETROUVER L’ENFANCE
Arlette Cousture se sentait bien à l’aise de se glisser dans la peau d’une petite fille de cinq ans, vivant une année difficile jusqu’à son anniversaire de six ans.
«J’ai commencé à l’écrire en prenant le rôle de la narratrice, avec mon expérience. Finalement, je me suis rendu compte que j’ai trop de maturité pour que ce langage ait pu être crédible. Pour que ce le soit, il ne fallait pas connaître l’avenir. Le style a donc changé. Je me suis collée au langage de toutes les petites filles que j’ai connues dans ma vie.»
IMPUISSANCE
Mais Depuis la fenêtre de mes cinq ans n’est pas une ode à l’enfance. Arlette Cousture garde encore un malaise de cet âge qu’on dit merveilleux. «On ne me dira pas que c’est la plus belle époque de la vie. Pour moi, c’était exigeant ou je me sentais très impuissante.»
Aussi sa petite Charlotte, sa protagoniste, dont elle parle avec grande affection, vit des moments difficiles, est confrontée avec l’image de la mort et se retrouve plus souvent qu’à son tour rabrouée et condamnée à aller réfléchir dans sa chambre.
«Je ne voudrais pas revivre mon enfance, affirme-t-elle. Je crois que l’Everest à côté de ce que les enfants ont à gravir avant de devenir adultes, c’est rien du tout. Dans ce que j’ai écrit, il n’y a aucune nostalgie. Je le répète, je n’ai pas aimé l’enfance. Pour moi, ça a été un long apprentissage où on se rend compte qu’on n’est pas éternel.»
GRANDIR
Arlette Cousture s’est penchée sur l’impuissance de l’enfance, sur ces moments où les douceurs sont si importantes et où on se dit parfois: «Les papas sont plus sévères le soir que le matin…» Accepter de grandir, c’est un passage obligé et c’est à ce moment qu’il faut choisir de départager le vrai du faux.
L’auteure a plongé à fond dans des souvenirs émotifs et physiques. Elle les a décrits comme on tient un hochet ou qu’on caresse un toutou et comme on peut le faire dans la cinquantaine. «Je n’aurais pas écrit ce livre à 30 ans, je n’avais pas cette disponibilité.»