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Marie-Christine Bernard - Voyage intense
© Photo Le Journal

MARIE-CHRISTINE BERNARD

Voyage intense

Par Manon Guilbert
06-03-2008 | 10h26
À l’autre bout du fil, dans son bureau du cégep d’Alma, Marie-Christine Bernard, dont le dernier roman, Mademoiselle Personne, vient de paraître, ne dissimule pas son enthousiasme. Fière d’elle, elle lance d’emblée : «C’est la plus belle chose que j’ai faite mis à part mon fils Benjamin.»

Pendant trois ans, elle a travaillé cette histoire, poussant la recherche jusqu’en Gaspésie, en écoutant la langue de ses habitants, en visitant des phares. Au cours de cet intense voyage, ses personnages ont pris corps, se sont forgé un caractère et la trame de son roman a choisi sa couleur.

Marie-Christine Bernard, qui donne en marge de ses cours de création littéraire des enseignements en cinéma, voulait écrire une grande histoire d’amour, comme celles qui ont marqué à travers le temps la littérature et le cinéma.


LES GRANDS THÈMES
«Il n’y a finalement que les trois grands thèmes, l’amour, la vie et la mort, auxquels on revient toujours, dit-elle. Je voulais aussi prendre en compte le concept du souvenir. Ça m’a toujours fascinée de constater, dans les réunions familiales, qu’un même événement soit interprété de façon si différente par les uns et par les autres. Par ailleurs, je me suis attardée à l’obsession. Je me suis questionnée: «Qu’est-ce qui peut conduire un humain à faire du mal à l’un de ses semblables?»

À la façon d’un sculpteur amalgamant l’argile, elle a pris un peu de la personnalité de sa grand-mère maternelle, un peu encore de celle de sa mère, et a ajouté des éléments de son imagination pour façonner son héroïne. Ici et là, elle a écouté les histoires que les aînés lui ont racontées.

«Je n’invente pas une expression comme: enragés comme un piège à ours. Je l’ai entendue. Mais aucun des personnages n’est le miroir exact de quelqu’un. J’ai puisé dans le réservoir de la réalité. Je ne crois pas qu’il existe un puits sans fond d’imagination.

«Pour faire de la fiction, continue-t-elle, il faut savoir réinventer le réel. Je suis arrivée à sentir ma maîtrise du métier d’écrivain. J’ai enfin fait une œuvre! J’ai bâti un édifice complexe en mettant en pratique les techniques que j’enseigne, sans pour autant trahir les émotions. L’écriture, c’est un peu comme du patinage artistique, il ne faut pas que ça sente la sueur. Mais toujours, dit-elle aussi, la créature hideuse qui est le doute me guettait.»


LA COUR DES GRANDS
Le doute est en même présent pour la conforter dans son choix. Elle avoue en avoir besoin comme d’une respiration. Il lui donne paradoxalement son assurance de ne plus être un imposteur au milieu des écrivains.

«J’ai réussi une vraie œuvre littéraire, affirme-t-elle sans fausse modestie. Cet exercice m’amuse plus qu’il ne m’a jamais amusée. J’ai fait la preuve que j’étais capable en avançant dans ma démarche malgré le doute.»

Depuis Monsieur Julot, La Mort, l’Amour et les trois Chevaliers, roman érotique écrit sous le pseudonyme de Marie Navarre, le roman jeunesse Les Mésaventures de Grosspafine pour lequel elle a remporté le prix Jovette-Bernier, la plume de Marie-Christine Bernard s’est acérée.

Son rythme de travail partagé entre ses heures passées au cégep d’Alma et sa création littéraire a pris une bonne vitesse de croisière.

«C’est comme si j’avais trois enfants dans des écoles différentes, dit-elle. Mais j’y arrive, ça va bien. Lorsque les histoires arrivent, je ne peux pas les ignorer, je dois les écrire. Écrire, c’est s’approprier un langage et j’ai envie de raconter des histoires à tout le monde. Ce que j’évite de faire, c’est de me répéter. Dès qu’un nouveau filon m’apparaît, il faut que j’aille jusqu’au bout.»

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