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François Barcelo - Entre la vie et la mort
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FRANÇOIS BARCELO

Entre la vie et la mort

par Manon Gulibert
Journal de Montréal
03-07-2007 | 10h18
Pour nommer son dernier roman, il hésite entre polar et roman noir, le nombre des morts lui posant une question de logistique.

Avec sa façon pince-sans-rire de parler de son travail, François Barcelo spécifie qu’il adore mettre en scène des villageois. Selon lui, c’est dans cet environnement que les interactions sont les plus passionnantes.

Dans Les Chroniques de Saint- Placide-de-Ramsay, les deux courts romans Pompes funèbres et Fonts baptismaux, il imagine une suite d’événements abracadabrants qui mettent en scène des personnages tout à fait colorés, croquemort, gérante de caisse populaire, curé, fonctionnaire.

«Je peux dire n’importe quoi, dit-il. Je n’ostracise personne. Jeme suis inspiré un peu de mon village Saint-Antoine. Tous les villages se ressemblent avec leur bar, leur hôtel, leur église, leur presbytère.»

IMAGINATION DÉBRIDÉE

Témoin de la vie de ce bourg, François Barcelo s’est attardé aux extrêmes: la vie et la mort. Pompes funèbres et fonts baptismaux lui ont inspiré dans leur opposition les trames pour laisser son imagination romanesque voguer à grande allure.

Dans un premier temps, il a présenté le premier bref roman à son éditeur qui, le trouvant trop court, lui a suggéré de poursuivre son idée. François Barcelo, chez qui les pannes d’imagination sont très rares, a poursuivi. La deuxième partie de son roman noir a basculé au creux de fonts baptismaux.

Barcelo a horreur de la banalité et du prévisible. Si pour lui la vie est le résultat de chacune des journées qui se succèdent depuis la naissance, il ne lui accorde pas moins un pourcentage de rebondissements inattendus. C’est dans ce créneau qu’il conduit le lecteur.

ROMAN NOIR, RIRE JAUNE

François Barcelo se moque des institutions. La politique, la religion, la justice subissent sous sa plume les critiques les plus acerbes. Elle n’épargne rien et Barcelo s’amuse.

Chroniques de Saint-Placide-de-Ramsay est le 6e livre qu’il publie cette année. Auteur de livres jeunesse, autant pour les tout-petits que pour les adolescents, François Barcelo avoue être plongé la plupart du temps dans un nouveau projet d’écriture. Il s’installe quelque part et accorde à cet endroit de vie le rôle d’antre.

Toute la genèse de ces deux petits romans réunis sous le titre de Chroniques lui est venue alors qu’il se trouvait à Lyon, en France.

C’est dans le salon funéraire de Bernard Bellemare qu’il a planté le décor de sa première histoire et la deuxième se déroule, un peu plus loin, dans l’église du curé avançant en âge vers la retraite. L’auteur, à sa table de travail, ne connaissait rien du dénouement des intrigues qui chaque jour ont pris de nouvelles directions.

«Je ne fais pas de plan, dit-il. Sinon, je m’ennuie. Pour moi, ça devient un pensum. J’ai tendance à abandonner si je connais la fin. Il y a plein de débuts de roman que je n’ai pu achever. Il est évident qu’à 30 ou 40 pages de la fin, je sais ce qui se passera. Mais j’avoue, continue-t-il, que j’adore commencer des histoires. Je trouve toujours différentes tournures, spécifiquement si je dis je.»

LA PUB MÈNE À TOUT

François Barcelo a, pendant 25 ans, travaillé en publicité. Depuis 20 ans, il a choisi de se consacrer à temps plein à l’écriture. Pour ne pas s’ennuyer et pour éviter d’user les formules, il diversifie les genres de ses écrits. Les albums et les romans jeunesse lui permettent de respirer entre deux romans strictement littéraires.

Sans s’attribuer plus d’honneurs qu’il n’en faut, François Barcelo considère que le polar a commencé à mériter une presse plus compréhensive et attentive au moment des parutions de Moi, les parapluies et Cadavres, à la fin des années 1990.

«Le terme est vaste, commente-t-il. On peut faire maintenant la différence entre le polar et le roman noir. Dans le noir, il y a plus de personnages qui meurent. Pour bien faire la différence entre les deux genres, je compte les morts. »

Barcelo joue avec les éléments du suspense loufoque et use d’humour noir, «la seule forme d’humour qui ne fait pas rire». en tenant l’équilibre sur la frontière ténue du «rire jaune».

CHEZ LES FRANÇAIS

Moi, les parapluies et Cadavres, présentement en tournage avec le réalisateur Éric Canuel, ont été les premiers romans publiés chez Fayard noir en France. Il avait alors pris l’initiative d’envoyer le manuscrit de Moi, les parapluies à la maison française sans spécifier que le roman était déjà paru au Québec. Le roman a été accepté sans retouches et François Barcelo s’est retrouvé parmi les rares écrivains québécois publiés en France.

«Au début, j’ai ressenti une grande satisfaction. Après, on finit par s’en ficher un peu. La première fois on est excité, mais après on devient blasé», dit-il avec un sourire en coin. Néanmoins, grâce à ces publications outre Atlantique, ses lecteurs se répartissent en deux tiers chez les Français et un tiers chez les Québécois. Bien que prenant leurs racines au Québec, les romans de Barcelo sont écrits dans un français qu’il qualifie d’universel mais typique.

«Je ne m’empêche pas par exemple dans les dialogues d’utiliser à la façon québécoise le double tu interrogatif. Les Français comprennent. Il n’est pas question de les prendre pour des cons. Ils ont horreur de ça!»

Une écriture plus sèche, moins fleurie, sans déguisement de sentiments, caractériserait davantage l’écriture des Québécois. Barcelo considère que nous, dans ce domaine, sommes plus francs, plus directs.

En sillonnant les chemins de campagne, François Barcelo tire des histoires peu banales et des climats qui rappellent un peu les premiers films de Gilles Carle. Peut-être tout ça suffit-il pour donner au polar québécois ses lettres de noblesse!

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