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Laure Adler - Féministe d'allégeance Royal
© Photo Le Journal
Laure Adler

LAURE ADLER

Féministe d'allégeance Royal

Par Manon Guilbert
Le Journal de Montréal
08-05-2007 | 11h08
PARIS—Laure Adler, historienne, journaliste, animatrice, écrivaine, est la spécialiste de l’histoire des femmes des XIXe et XXe siècles. En France, on lui sait des prises de position féministes et politiques. Elle est, plus que tout, partisane du changement et elle s’y engage sans compter.

Demain, Laure Adler votera Ségolène Royal. Elle ne s’en est jamais cachée tout au long de cette interminable campagne présidentielle. Au moment de notre rencontre, elle s’apprêtait à peine quelques heures plus tard à monter à bord d’un train vers Nantes, où plusieurs intellectuels allaient défendre la culture française aux côtés de Ségolène Royal. Face à l’envahisseur américain, la culture française, aux allures effrontément riches, a, malgré toutes les apparences, bien besoin qu’on la protège.

Tout au long d’une carrière qui l’a portée sur tous les fronts, Laure Adler a défendu les droits des femmes. Après quelque trois décennies à en faire son cheval de bataille, elle croit qu’aujourd’hui ils souffrent dangereusement de récession.

Perte de terrain
«Les jeunes, dit-elle en caressant la grosse chatte qui vient de se faire une place sur ses genoux, pensent à tort que tout est acquis. Avec l’arrivée massive de l’immigration et le radicalisme, il y a une régression terrible. Les droits des femmes ont perdu du terrain. Devant toutes ces situations, je demeure une militante. J’ai conservé intacte ma sensibilité et ma détermination de féministe.»

Elle milite au sein de Ni pute, ni soumise, un organisme qui œuvre, sans trop s’enfermer dans le pragmatisme, dans le sens social et le politique. Fidèle à ses engagements, elle accompagne Ségolène Royal dans sa démarche et ses différentes actions pro-culturelles.

Elle participe et anime régulièrement des séminaires sur des thèmes intellectuels. Le groupe dont elle fait partie réunit 25 intellectuels français qui régulièrement examinent les pistes possibles pour une nouvelle façon de voir et de vivre la culture. «C’est tout à fait passionnant», dit-elle sur un ton presque mystérieux.

«Je suis très proche des idées de madame Royal, confirme-t-elle. Je suis d’accord avec ses convictions. Pour elle, il y a deux piliers importants à la société française. Ce sont la recherche et l’éducation.»

Le cœur à gauche
Laure Adler a le cœur à gauche. On s’en doutait. Elle souhaite ardemment que cette élection très importante pour les Français fasse la place à une femme. Déjà, avant même que Ségolène Royal s’engage sur cette voie présidentielle, Laure Adler lui avait réservé un long chapitre d’un livre, Les Femmes politiques, paru en 1993. Le même essai vient d’être réédité et mis à jour aux Éditions Points. «La femme, écrivait-elle déjà, serait-elle l’avenir du politique?»

L’entrevue, alors qu’elle vient de faire paraître Les femmes qui écrivent vivent dangereusement, a pris cette tangente sur l’actualité politique française. Malgré tout, elle rend hommage à Stefan Bollmann, responsable de l’iconographie, de la recherche pour la réalisation de beau livre.

L’ouvrage brosse le portrait d’une cinquantaine d’auteures depuis le Moyen Âge à aujourd’hui. Celles-ci ont partagé une même soif d’écrire et ont dû mener une lutte pour être reconnue dans cette chasse gardée des hommes.

Archives
«Ici, en France, fait-elle remarquer, il y a très peu de documents sur les auteures étrangères. Il y a eu beaucoup de travail, une vaste recherche pour rassembler les archives. Ça a été une véritable enquête policière, une chaîne de solidarité entre femmes pour trouver des éléments historiques des femmes écrivains venant du monde entier. On retrouve chez celles qui illustrent le livre une singularité, une quasi-sauvagerie. Toutes ont pris le risque d’écrire avec courage.»

Sans flagorner, elle a écrit la préface, mais elle s’est aussi replongée dans la lecture des écrits de ces femmes dont plusieurs lui étaient inconnues.

«Je me suis réappropriée Colette, dit-elle par ailleurs. J’ai réalisé jusqu’à quel point Anaïs Nin vivait et écrivait dans le sillage de Miller.»

Le destin des femmes lui importe plus que tout. Aussi s’est-elle attaquée à la biographie de Françoise Giroud, qui a œuvré toute sa vie pour consolider les droits des femmes.

Laure Adler en a fait l’histoire de sa vie. Historienne, journaliste, biographe, romancière, sa fascination pour le destin des femmes ne faiblit pas. Tout encore reste à faire!

Les femmes qui écrivent vivent dangereusement
Laure Adler et Stefan Bollmann
Flammarion

Les Femmes politiques
Laure Adler
Points

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