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Fred Mella - Ça ne devait être que pour une seule soirée...

FRED MELLA

Ça ne devait être que pour une seule soirée...

Manon Guilbert
Le Journal de Montréal
14-12-2006 | 06h35
Ce matin-là, les vents soufflent à casser les parapluies et à fracasser les vitrines des cafés. Fred Mella, que la route n'a jamais effrayé, s'aventure tout de même de Goupillières jusqu'à Paris, à quelque 50 kilomètres de chez lui. Les rendez-vous, c'est sacré!

Un peu trempé et en avance sur son horaire, il est reçu par les gens de sa maison d'édition, Flammarion, où vient de paraître Fred Mella - La Voix des Compagnons de la Chanson, Mes maîtres enchanteurs. Dans ce haut lieu de l'édition, situé à deux pas du Théâtre Odéon, Fred Mella se sent comme un jeune premier.

Durant toute sa vie, il a fréquenté assidûment les salles de spectacle, les studios d'enregistrement et, pour des raisons bien évidentes, très peu souvent les maisons d'édition. Fred Mella et Les Compagnons de la Chanson ont vu plus régulièrement leurs noms sur les marquises des grands théâtres du monde que sur les couvertures de livre.

Compagnons

Fred Mella, «la voix des Compagnons de la Chanson», est celui qui dépassait d'à peine quelques centimètres la petite mais combien immense Édith Piaf, à côté de qui il interprétait Les Trois Cloches. Avec ses compagnons, baptisés au départ Compagnons de la Musique, il chantait pendant qu'autour la guerre faisait rage.

Des centaines de fois en tournée, avec ses comparses, il a traversé l'Atlantique vers les États-Unis et a parcouru la France de long en large. Avec ce parcours de vedette internationale, cette vie de saltimbanque l'a amené à rencontrer les grands de ce monde.

Fred Mella, le petit homme au grand coeur, est reconnaissant. Cette gratitude l'a poussé à écrire, à 82 ans, le premier livre de sa carrière et raconter la fabuleuse aventure d'un groupe qui, pendant plus de quatre décennies, a tenu tête au temps et aux modes.

«Au départ, dit-il, nous n'étions que des amateurs. Rien ne nous prédestinait à une telle carrière. Quand nous sommes montés à Paris - c'est comme ça qu'on disait ça à l'époque -, nous pensions sans l'ombre d'un doute que ce n'était que pour une soirée. Nous avions 19 ans et on nous avait demandé de faire la première partie du Soulier de satin, de Paul Claudel, à la Comédie française. À ce gala-bénéfice pour les Cheminots de France, une petite dame chantait aussi...»

La môme Piaf, comme on l'appelait encore à l'époque, avait immédiatement reconnu le talent des beaux jeunes hommes. Elle leur a donc proposé de partir avec elle en tournée.

La bohème

Un an plus tard, les Compagnons, libérés d'un répertoire assez folklorique, se tournent vers le moderne et portent maintenant le nom de Compagnons de la Chanson. Ils partent avec Piaf. Dans la même troupe, il y a aussi le pianiste Pierre Roche et le chanteur Charles Aznavour. «Souvent, dit-il en plissant ses yeux rieurs, on était plus nombreux sur la scène que dans la salle.

«Je vous parle d'un temps, continue-t-il en adaptant les vers d'une célèbre chanson de son ami et complice Charles Aznavour, que les moins de 60 ans ne peuvent pas connaître.

«Sans vouloir faire du name dropping, dit-il en s'excusant d'utiliser une pareille expression anglaise, j'ai voulu rendre hommage à tous ceux que j'ai croisés sur ma route.»

Les frères Jacques, Picasso, les frères Prévert, Salvador Dalí, Charles Trenet, Ed Sullivan, Judy Garland, Liza Minnelli, Lino Ventura, Charles Aznavour, Gilbert Bécaud, Raymond Devos, Félix Leclerc, Jean Balmain, Bobby Lapointe, Jean Cocteau, pour ne nommer que ceux-là, sont parmi les amis à qui il a ouvert la porte de sa maison.

Il a même passé quelques heures en compagnie de Charlie Chaplin et de Stravinski.

Couple

La vie de tournée a mené régulièrement Les Compagnons de la Chanson au Québec, où il a de nombreux amis. Fred Mella y a rencontré sa femme, la comédienne Suzanne Avon. Il partage sa vie depuis bientôt 60 ans!

Sa vie de ménestrel l'a conduit chez les plus grands, lui a donné accès aux plus beaux lieux.

«J'ai vécu comme un milliardaire même si je ne l'ai jamais été. J'ai voulu raconter toutes ces rencontres fabuleuses, conclut-il le plus simplement du monde. J'ai pourtant hésité, mais l'impression que ce pouvait être important de rappeler cette époque a été plus forte que mes doutes. Il fallait que je témoigne de ce temps. On bâtissait alors des carrières lentement, mais elles duraient si elles s'étaient bien enracinées. Peut-être que ce récit peut servir.»

L'écriture, un supplice

«J'ai oublié beaucoup de choses, admet Fred Mella. Mais il m'aurait fallu écrire plusieurs tomes pour relater absolument tout ce que j'ai vécu!»

Fiches

Pendant trois ans, s'aidant de fiches ramassées sous les conseils de Paul Buissonneau, un vieil ami et aussi collègue au moment des balbutiements des Compagnons de la Chanson, de notes, d'articles de journaux, de documents glanés ici et là, Fred Mella a refait le parcours d'une carrière riche en rebondissements et en rencontres.

«J'avais mis tout ça, au fil des années, dans un classeur. J'ai écrit ensuite à l'ordinateur. Pour moi, ce fut un véritable supplice. Heureusement que j'ai un gendre qui travaille en informatique! Sans lui, je me demande si ce travail serait terminé.»

Sa femme, Suzanne Avon, qui depuis bientôt 60 ans accompagne Fred Mella dans le déroulement de sa vie et de sa carrière, n'a pas voulu y mettre le nez. Elle n'a pas lu les premières épreuves et n'a parcouru la biographie que lorsqu'elle est sortie des presses, prête à être acheminée chez les libraires.

Efforts

«Mon travail n'a jamais été celui d'un écrivain, admet-il. Je n'avais pas idée combien il faut d'efforts pour arriver jusque là. J'ai tenté de relater le mieux possible ce que j'ai vécu tout en rendant hommage aux gens que j'ai connus. Ça a été une aventure merveilleuse. Luc Plamondon, que j'ai eu au téléphone ce matin, m'a même complimenté sur mon écriture!»

Fred Mella - La Voix des Compagnons de la Chanson, Mes maîtres enchanteurs Fred Mella, Flammarion

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