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Salon du livre de Montréal - Camille Laurens l’invitée d’honneur
© Photo le journal
La Française Camille Laurens revient au Salon après six années d’absence avec une grande hâte de retrouver les Québécois.

SALON DU LIVRE DE MONTRÉAL

Camille Laurens l’invitée d’honneur

Par Claudia Larochelle
Le Journal de Montréal
16-11-2006 | 15h50
Dernière modification : 15h58
«La vérité est tout ce qui s’écrit.» Ces mots, l’auteure Camille Laurens les répète inlassablement à ceux qui cherchent à démêler le vrai du faux dans ses romans écrits à la première personne. C’est peut-être ce que cette nouvelle invitée d’honneur du Salon du livre de Montréal vous répondra si vous cherchez l’aspect autobiographique de ses livres, dont ce dernier, Ni toi ni moi, paru au début de l’automne chez P.O.L.

Jointe au téléphone dans son appartement du cinquième arrondissement à Paris, Camille Laurens parle d’une voix calme et posée. En sourdine, une cantate de Bach…Ça semble si bien lui coller à la peau en ce moment. La dame parle avec un naturel sympathique, sans ambages ni prétention. Rien à voir avec certains écrivains français de l’intelligentsia parisienne qui s’écoutent parler en pelletant quelques nuages pour jouir de leur propre voix.

Dossier Canoë-Livre:
Salon du livre de Montréal

L’auteure de Ni toi ni moi, Camille Laurens, rencontre ses lecteurs au stand des éditions P.O.L. vendredi, le 17, de 18 h à 19h, samedi, le 18, de 16h30 à 17h30, et dimanche, le 19, de midi à 13h.

C’est clair, elle fait partie de ces écrivaines dont l’encre se mêle au sang et coule dans leurs veines pour devenir une seconde nature. Elle joint le rang de ces femmes de renom qui n’ont rien à envier aux autres, qui s’ouvrent complètement sans entrer dans l’univers du métalangage littéraire juste pour faire bien.

C’est sans doute pour ça qu’au Québec on l’aime tant. Sa féminité, son sens juste de la description des sentiments et cette liberté nous rejoignent toutes. Quant aux hommes d’ici… elle pique leur curiosité, il n’y a pas de doute. Surtout si son dernier livre accompagne leur bien-aimée vers les bras de Morphée le soir venu.

Loin de leurs yeux
Mais justement, l’auteure de Philippe ou de Dans ces bras-là sait trop bien que les hommes ne daignent pas lire ses écrits. Comme d’autres femmes qui prennent la plume et s’ouvrent les tripes pour s’exprimer sans pudeur, elle a du mal avec la catégorisation qu’on fait de ses écrits. Et Dieu qu’on est pourtant à des mondes et des lunes de romans à l’eau de rose.

Danielle Steel… ça n’a rien à voir, voyons donc! «C’est terrible les hommes que ça rassure de ranger les femmes dans une cage. C’est misogyne et fréquent, en France du moins. Je suis sans arrêt en train de me justifier. On sent une réticence chez les hommes à s’intéresser aux sentiments. Il y a une phallocratie. Les hommes, pas tous mais certains, n’aiment pas que les femmes viennent mettre leur grain de sel, qu’elles parlent en somme.»

À la publication en 2000 de Dans ces bras-là, couronné par le prix Femina et sélectionné par le Goncourt de lycéens, Camille Laurens avait pris part à son premier Salon du livre montréalais. Elle se rappelle en souriant ses lectrices d’ici qui avaient fait la ligne pour obtenir sa dédicace. «Il y a quelque chose de «rentre dedans» chez les femmes du Québec. Je me souviens que ça m’avait marquée. Il y a aussi le fait que les hommes chez vous m’avaient semblé être sur le même pied d’égalité que les femmes. Quand on est une femme écrivain, c’est le genre de chose qu’on sent beaucoup», explique-t-elle au bout du fil.

Née à Dijon, elle a vécu en Normandie et au Maroc avant d’atterrir dans le sud de la France, puis à Paris. Camille Laurens aime les mots : elle les manie avec une passion contagieuse, celle-là même qu’on peut capter avec Ni toi ni moi, roman où il est question du caractère éphémère du sentiment amoureux. Camille Laurens a pris la plume pour enquêter sur la disparition de l’amour entre deux êtres.

On connaît la mélodie. Elle nous effraye certes, mais est si banale en même temps.

Un sens à l’amour
Elle cherche un sens à ce qui, semble-t-il, n’en a pas. Elle scrute sans relâche la frontière entre ces deux phrases: je t’aime/je ne t’aime plus, entre ces deux images : l’éclat du premier regard (le flash amoureux) et le dégoût du dernier regard. Comment «l’homme de ma vie » devient-il «l’homme de ma mort»? Qu’est-ce qui s’est passé entre les deux? Qu’est-ce qui a passé?

Au-delà de la fiction, Camille Laurens avoue avoir un amoureux qu’elle dit «caché»…Elle se garde cette pudeur. Elle a aussi une fille de onze ans qui ne lit pas encore les livres de maman. Elle a aussi été mariée jadis, a connu l’amour et la fin de l’amour. Sans être âgée, elle n’est pas vieille. Elle attire autant l’attention des adultes qui ont vu neiger que celui des plus jeunes, des lycéens qui savent qu’issus d’une génération «zapping», ils sont loin de la stabilité affective devenue utopique.

Brèche ouverte
À travers une prose dense et sensuelle, sans superflu, elle amène ses lecteurs au cœur de la vérité, même si elle blesse. Camille Laurens ouvre les brèches, ne fait pas que les panser à coups de mots bonbons qui apaisent les consciences. C’est pour ça qu’on ne pourrait la qualifier de romancière à l’eau de rose. Son eau à elle n’est pas limpide et ne sent pas les fleurs en éclosion.

Camille Laurens écrit sur les grands moments de la vie, sur le mariage, les disputes, l’adultère, les enfants, la jalousie, la disparition des sentiments. Elle touche où le bât blesse. Elle «rentre dedans» comme ce qu’elle semble admirer chez les Québécoises.

Elles seront plusieurs à courir vers son kiosque lors de ses séances de signature. Modestement, elle ignore si elle est appréciée de l’autre côté de l’océan. Je lui dis que si, elle s’étonne. La première et dernière fois qu’elle est venue, il avait neigé avant son retour vers Paris. C’était peut-être la première chute de neige de la saison. Elle aimerait revoir le paysage nord-américain dans cet état un peu déglingué. Elle rit. Elle sait qu’on n’en a pas envie. Comme ici elle semble être bénie des dieux, parions qu’il faudra pelleter pendant son séjour en sol québécois.