LUCIE PAGÉ
Une Québécoise en Afrique du Sud
Manon Guilbert
Le Journal de Montréal
02-11-2006 | 09h02
La journaliste Lucie Pagé témoigne de la vie après l’apartheid à Johannesburg. Elle en sait quelque chose puisqu’elle y vit sporadiquement depuis 15 ans. L’Afrique, pour elle, n’a rien du continent oublié.
En 2001, la journaliste et écrivain publiait un premier livre portant le titre évocateur
Mon Afrique, dans lequel elle racontait la situation de l’Afrique du Sud après l’apartheid.
Cinq ans plus tard, alors qu’elle croyait avoir déjà fait d’une certaine façon le tour de la question, elle revient avec Notre Afrique et porte un regard sur la place de ce continent à l’heure de la mondialisation et des grands enjeux politiques de la planète.
Lucie Pagé vit entre le Québec et l’Afrique du Sud. Elle travaille ici et là-bas. Mariée à Jay Naidoo, syndicaliste sud-africain, elle a eu avec lui deux enfants qui vivent et étudient là-bas alors que Léandre, né d’un premier mariage, vit et étudie à Montréal. Entre les deux, Lucie Pagé alterne ses moments de vie. Les économies familiales, fait-elle remarquer, sont englouties dans l’achat des multiples billets d’avion.
La démocratie
«J’ai choisi d’écrireNotre Afrique, dit-elle, parce qu’on me posait énormément les mêmes questions. J’avais l’impression avec Mon Afrique d’avoir fait le tour. Mais non, plusieurs lecteurs cherchaient à savoir comment je gère tout ça, comment après 12 ans de démocratie la vie se vit au quotidien.»
Lucie Pagé remarque par ailleurs avec déception que les préjugés demeurent bien ancrés. «Il reste une relation de dégoût avec l’Afrique, note-t-elle. On reste avec l’idée qu’il y a des guerres qui durent depuis des décennies, qu’il y a là la pire des corruptions. Pour les Nord-Américains, ces préjugés sont encore bien présents.»
«On dit aussi que Céline Dion a fait des tournées planétaires. Elle ne s’est jamais arrêtée en Afrique où pourtant on l’écoute et achète ses disques. Dans les pages de nos journaux, à la télévision, on ne donne jamais l’indice météo d’aucun pays africain. L’Afrique dérange.»
Un modèle
Selon Lucie Pagé, l’Afrique du Sud est pourtant un modèle de démocratie que plusieurs autres pays devraient suivre. Avec sa jeune Constitution, l’une des plus récentes du monde, elle fait fi du racisme et de toutes formes de ségrégation.
«Toutes les races se mêlent maintenant, dit-elle. Des femmes noires médecins, techniciennes, c’était du jamais vu, mais maintenant il y en a de plus en plus.» Elle se dit chanceuse de pouvoir témoigner de tout ça. L’histoire de l’Afrique du Sud, avec Nelson Mandela toujours vivant, s’écrit tous les jours. Même si, selon elle, il faudra des générations pour qu’elle devienne un vrai pays, c’est un véritable miracle que de voir comment elle évolue.
«Là-bas, on ne fait pas des pas par en arrière», se désole-t-elle en commentant la politique de ses compatriotes canadiens et québécois.
Lucie Pagé a le grand privilège de faire partie du cercle d’amis de Nelson Mandela. Depuis 15 ans, elle est aux premières loges et regarde comment s’installent solidement les bases d’une nouvelle démocratie. Elle vit, dans notre ère de la mondialisation, entre deux continents, souvent séparée de son mari. Tous deux ont survécu à plusieurs crises mettant le couple en péril. Lucie Pagé a eu le goût de partager avec des lecteurs qui lui ont demandé de faire part de son expérience.
«Ce n’est pas pour rien que j’ai des cheveux blancs. J’ai été très en colère contre lui qui ne voulait pas venir vivre au Québec. J’ai appris à gérer cette colère-là. J’ai fait des thérapies. On règle nos problèmes au fur et à mesure en se parlant 10 fois par jour.»
Notre Afrique témoigne en alternance de la nouvelle vie de l’Afrique du Sud et du couple qu’elle forme avec Jay, père de ses deux jeunes enfants de 11 et 9 ans. Deux projets la titillent déjà et elle continue de transmettre ici et là dans les différents médias d’information sa compréhension de l’Afrique.
«Je suis contente de ce livre, conclut-elle. L’Afrique est Notre Afrique à nous tous. Pourtant, ce continent dérange.»