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Photo Claude Rivest |
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STEPHEN MCCAULEY
Un Bostonien à Montréal
Claudia Larochelle
10-10-2006 | 10h29
Pendant l’été 2005, Stephen McCauley s’est enfui de Boston, où il craignait que sa vie sociale ne le perturbe, pour s’installer pendant quelques mois à Montréal.
Sexe et Dépendance, son cinquième roman, doit un peu à la métropole.
J’avais un peu de problème avec ma discipline, explique l’écrivain, dont le français appris à l’Université de Nice est quasi impeccable. Montréal est une ville que j’aime bien», dit-il alors qu’il s’y retrouve pour la sortie de son roman. Stephen McCauley est gay. Le héros de Sexe et Dépendance l’est aussi. Tout au long de son roman, il le décrit dans ses compulsions et ses difficultés à s’éloigner de ses obsessions sexuelles.
Son protagoniste, vendeur immobilier, astique, repasse, aspire son appartement et résiste avec force à la tentation sexuelle qui le tenaille quotidiennement. McCauley, qui reconnaît quelques ressemblances avec le personnage, ne porte pourtant pas d’étendard. Il ne fait pas partie des écrivains de la littérature gay et n’aime pas particulièrement l’étiquette.
Une voix «J’écris des romans, souligne-t-il. Les sujets m’intéressent d’abord et avant tout. Je ne tourne pas nécessairement autour d’intérêts gays. Mes thèmes sont plutôt universels, je crois. Franchement, je ne sais pas si on peut me trouver un lien de parenté avec Michael Cunnigham, par exemple. Chaque écrivain a sa voix et j’espère que j’ai aussi la mienne.»
Pendant plusieurs mois, StephanMcCauley s’est amusé dans le monde de ses personnages qui vivent tous dans une espèce d’ambiguïté morale. «Depuis le 11 septembre, la vie est devenue complètement différente. J’ai voulu décrire cette confusion qui nous questionne sur nos responsabilités dans le désir de faire le bien ou de se sentir bien.»
Le romancier est un observateur de la vie. Il la guette avec ce sourire en coin qui s’élargit encore dans les situations tragiques. Stephan McCauley jongle entre l’humour et l’ironie et ne prend rien au sérieux. On s’étonne de l’entendre avouer que la dépression le frappe tout au long de l’écriture d’un roman.
Solitaire «Je me sens un peu outsider, avoue-t-il. J’ai toujours eu cette impression depuis que je suis petit avec ma famille, mes amis. J’écris des comédies de mœurs et j’essaie de le faire avec une voix originale. Je veux dire des choses sérieuses mais tout en divertissant mes lecteurs.»
Deux des précédents romans deMcCauley ont été portés à l’écran. L’Objet de mon affection, mettant en scène Jennifer Aniston, et La Vérité ou presque, réalisé par Agnès Jaoui, ne lui ont pas donné pour autant le goût d’écrire pour le cinéma. Il accepte pourtant avec ravissement l’argent qu’on lui donne pour ses droits. «Le cinéma ne m’intéresse pas beaucoup, dit-il. J’ai participé à l’écriture de quelques émissions de Sex and the City et cette idée m’intimide.»
À 51 ans, Stephen McCauley affirme n’avoir aucune autre compétence que celle d’écrire des romans et il le fait le plus sérieusement après avoir nettoyé son appartement, comme le héros de Sexe et Dépendance. «Vous connaissez la marque allemande d’aspirateurs Miele? Géniale!» conclut-il en étouffant un fou rire.