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Gilles Renaud - Entretiens avec un comédien

GILLES RENAUD

Entretiens avec un comédien

Par Stéphane Plante
05-10-2006 | 11h23
Jean Faucher s'est entretenu avec Gilles Renaud, cet acteur imposant de l'histoire de notre théâtre. Ses entretiens sont rassemblés dans le nouveau livre de Jean Faucher tout simplement intitulé Gilles Renaud, entretiens.

Le comédien, dont plusieurs se rappellent son interprétation du Père Didace ( Le Survenant ) ou d’Yvon Savard (Gaz bar blues) au grand écran. Tout comme son interprétation de Monsieur Bricole ou de Cherry Sundae au petit écran reste encore peu connu, malgré l'étendu de sa carrière.

Et pourtant, il ne se contente pas de «jouer» à l'acteur mais aussi au metteur en scène, à l'administrateur et à l'enseignant. Rencontre avec un touche-à-tout des plus zens.

Avez-vous eu le temps de lire le livre de M. Faucher?
Je ne l’ai pas relu dans sa version finale. Je l'ai lu au printemps dans une version manuscrite.


Comment on se prépare pour un tel ouvrage?
Je ne me suis pas vraiment préparé. Je me suis dit que la spontanéité servirait sûrement en quelque part. D'abord, je ne connaissais pas les questions qu'il me poserait. Lui tout ce qu'il avait c'était mon CV. Je répondais à ses questions. Le lendemain, il écrivait...Pendant deux ou trois jours. Pis là, je revenais, il me disait «il manque d'informations...» Alors je lui redonnais de l'information. On passait à une autre étape, un autre sujet.


Chaque rencontre était pour un sujet différent?
À peu près. Au début de chaque rencontre on vérifiait des choses que je lui avais dites. Les dates, les choses comme ça. Après on partait: «OK, on parle de Michel Tremblay aujourd'hui.» Des fois ça pouvait durer deux ou trois séances.


Ça fait quoi d'avoir un livre qui fait ainsi le bilan de sa carrière? C'est comme un aboutissement?
Oui c'est une sorte d'aboutissement. D'abord quand on nous le demande (de faire un livre sur soi), on se trouve trop jeune. Ensuite on se dit : «là j'ai 62 ans. Ah! C'est vrai, à 62 ans on peut faire ça.»

Deuxièmement, c'est intéressant. Je trouve qu'on devrait faire des livres sur tous les gens publics. Ne serait-ce que pour laisser des traces. Pour que les jeunes puissent dire, dans 25 ans: «ah, c'est lui Gilles Renaud! Ah oui! J'en ai entendu parler. Il faisait du Michel Tremblay... on connaît ça Michel Tremblay. On a étudié ça au Cégep. Comment ils faisaient ça dans c'temps-là?»

Moi je ne le sais pas comment était Jean Gascon ou Albert Duquesne. Comment ont-ils fondé le Théâtre du Nouveau Monde, Albert Gadouas, Jean-Louis Roux, Georges Groulx et Jean Gascon? Y en a pas de livres écrits sur ces gens-là! Alors les jeunes rentrent dans les écoles de théâtre pis on leur parle du Théâtre du Nouveau monde. Ça a été fondé il y a 50 ans, entre autres par Jean Gascon. Il y a la salle Jean-Gascon à la Place des Arts. C’est qui Jean Gascon? Ils ne le savent pas! Alors c'est dans ce sens que c'est intéressant.

On le fait beaucoup plus chez les hommes politiques que chez les artistes. En France, il y a 25 livres sur Gérard Depardieu. Je veux pas en avoir 25 sur moi!(rires) Mais qu'on le fasse avec toutes sortes de monde, je trouve ça très bien. On pourrait faire une liste d'acteurs pis de peintres, de sculpteurs, de danseurs...


Vous avez un certain franc-parler dans le livre. Est-ce que vous vous attendez d'avoir des réactions des gens que vous avez nommés?
Non, je ne pense pas.


Vous ne vous êtes pas censuré du tout?
Non, je ne me suis pas censuré et je ne pense pas que je suis méchant avec personne. Je ne pense pas avoir de come-backs. Je ne le sais pas... à qui vous pensez?



À Yvon Deschamps.
Qu'est-ce que j'ai dit d'Yvon Deschamps?


Vous parliez qu'en 1968 vous aviez été retiré d'une troupe en tant que mime et que c'est lui qui vous avait appelé...
Ben là, ce n’est pas de sa faute à Yvon! Ce n’est pas de la faute à Paul Buissonneau non plus. Depuis ce temps-là on s'est vu mais je ne leur en ai jamais parlé. Pis si ça les fâche... eh bien tant pis! C'est vrai, c'est la vérité.


Vous parlez dans le livre que vous n'aimez pas apprendre vos textes. Dans quelle discipline est-ce le plus difficile? Le théâtre, le cinéma ou la télévision?
C'est toujours le théâtre. Ça prend des mois apprendre un texte de théâtre. Tandis que pour le cinéma, la télé, ça s'apprend beaucoup plus vite. Plus facilement parce que les scènes sont plus courtes. On travaille par scène. Tu n'as pas besoin d'apprendre tout ton film qui dure une heure et demie. Tu apprends ça au fur et à mesure que tu tournes.

Le théâtre, un soir tu te lèves pis tu fais l'enchaînement et il faut que tu la fasses d'un bout à l'autre. C'est extrêmement difficile. C'est énormément de travail. Des moments de patience. Ce n’est pas une question de mémoire, c'est une question de patience. C'est-à-dire que je voudrais le savoir (le texte) tout de suite.

Je trouve que c'est de la cuisine plate. Tu sais comme quand on coupe les légumes avant de faire la belle soupe. On appelle ça d'ailleurs la cuisine de l'acteur.


Est-ce que vous avez eu peur d’être associé à un certain type de rôle à un moment donné?
On est toujours associé à un certain casting. C'est évident. Quand il y a un gros méchant dans une distribution on pense à moi. On me met sur la liste dès le départ. Un gars de soixante ans qui parle fort pis qu'y fait peur? On met mon nom. En même temps quand on regarde ma carrière j'ai fait toutes sortes d'affaires. J'ai fait des bons gars, des méchants gars, des polices, des bandits, des travestis, des professeurs d'école.

Je viens de jouer un petit gars de cinq ans dans la dernière pièce de Michel Tremblay, Bonbons assortis. Alors je ne peux pas dire que j'ai toujours joué le même type de personnages. J'ai toujours choisi. Quand je fais un rôle c'est pas parce que je n'ai pas de travail et qu'il faut que je gagne ma vie. Je dirais qu'à 98% des fois c'est parce que j'avais le goût de faire le personnage.


Vous ne passez jamais d'audition?
Ça m'est arrivé certaines fois. Il peut arriver que tout à coup un réalisateur ne soit pas sûr qu'il me voie dans tel type de personnage. Ce qu'il m'arrive plus souvent c'est de rencontrer le réalisateur, de m'asseoir avec lui et parler. Il m'envoie le texte. On parle de ce qu'on pense, comment on va le faire. Des fois c'est un réalisateur qu'on n'a jamais vu de notre vie! Quand j'ai fait Le survenant avec Érik Canuel, on ne s'était jamais vu. Alors, il m'a appelé et il m'a offert de jouer le Père Didace et il m'a dit «lis ça et si ça t'intéresse, rappelle-moi. On va se rencontrer et on va s'en parler.» On est allé manger un midi ensemble. On est sorti du restaurant et il m'a dit sur le trottoir «ça marche».


Qu'est-ce que vous fait hésiter avant d'accepter un rôle?
D'abord, je vais lire le texte et je vais regarder qui réalise, qui fait la mise en scène. Au théâtre c'est toujours le metteur en scène qui nous appelle. Au cinéma des fois ça passe par les producteurs, notre agent. À la télévision aussi. Ce qui est important aussi c'est les partenaires. J'aime ça avoir des partenaires avec qui je suis à l'aise. J'ai déjà refusé de faire des productions parce que je n’étais pas d'accord avec le casting.


Dans le livre vous parlez de Michel Tremblay qui a écrit un rôle pour vous dans Bonbons assortis. Est-ce qu'il y a d'autres auteurs qui vous ont avoué avoir écrit des rôles en pensant à vous?
J'ai fait un film qui s'appelle La vie secrète des gens heureux. Stéphane Lapointe (le réalisateur) m'avait parlé il y a deux ans, peut-être trois ans. Il m'avait dit «je suis en train d'écrire un scénario de film et je suis en train d'écrire un rôle pour toi.»

Il y a une espèce de relation particulière entre Tremblay et moi. Je pense que j'ai créé une quinzaine de pièces de Michel. J'ai joué à peu près tous les hommes. Même ceux que je n'ai pas créés je les ai joués en reprise. Alors, je suis un des acteurs de Tremblay. C'est sûr que Michel des fois en écrivant il m'entend dire le texte qu'il vient d'écrire alors il va l'écrire en pensant à moi. Je trouve ça très flatteur. Surtout venant de Michel Tremblay qui, à mon avis, est le plus grand écrivain qu'on a au Québec. Un des grands écrivains de théâtre au monde! Michel est dans le top 50 au monde, de tout temps!


Vous travaillez beaucoup avec des jeunes réalisateurs...
Oui, depuis quelque temps. Depuis 5, 6 ans.


C'est différent comme approche?
Oui, l'approche est différente. Ces gars-là viennent de la pub. Ils viennent aussi du vidéo-clip. Ils ont un sens de l'image qui est différent. C'est des gens qui ont été formés aussi dans les écoles de cinéma. Ils ont été formés par les gars avec qui on a tourné dans les années 70: Gilles Carle, Jean Beaudin, Jean-Pierre Lefebvre. Alors leur façon de voir le cinéma est différente de la génération qui les a précédés qui, elle, a été formée à l'ONF, au documentaire. Il y a quelque chose d'authentique. Je pense que c'est notre première génération d'authentiques réalisateurs québécois de cinéma et de télévision.


Et comment voyez-vous votre avenir comme comédien?
Disons que ça va bien...


L'avenir se vit au présent?
C'est fantastique à mon âge, 62 ans, d'avoir une période très faste. Je travaille beaucoup. Je ne me plains pas. Je fais confiance au destin en me disant que quand ils ne voudront plus de moi, je vais m'en aller en campagne bûcher mon bois si je suis encore debout. Je vais aller faire marcher mon chien et pêcher mes truites. Je suis assez zen.

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