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Phénomène - Le Shack: un miracle

PHÉNOMÈNE

Le Shack: un miracle

Par Benoît Aubin
07-02-2009 | 04h00
Il y a des gens qui croient qu’Elvis est toujours vivant, que l’attaque du 11 septembre 2001 a été arrangée par la CIA, que le Royaume du Milieu existe quelque part ou qu’une diète d’une semaine aux poireaux vous guérira de tous vos maux.

On aime ces gens-là dans le commerce, parce qu’on peut leur vendre n'importe quoi: de l’huile de serpent qui fait repousser les cheveux, des machines qui développent les muscles pendant qu’on dort, des terrains à peine humides en Floride, des vacances de rêve à Port-au-Prince...

Mais, croire en Dieu est-il si différent? La théosophie est une science ancienne, touffue, parfois hermétique, parfois pathétique et, dans le cas qui nous occupe aujourd’hui - Le Shack - terriblement lucrative.

Depuis le début des temps, des sages, des mystiques, des philosophes, des poètes et des fous s’interrogent sur la présence, l’existence ou l’essence de Dieu. Ils le cherchent sur la cime des montagnes, au fond des monastères, dans le ciel, au coin des rues, ou au bordel.

C’est que, avec tout ce qu’on a dit de sornettes, de bêtises, de mensonges et de vérités profondes à son sujet, le cas de Dieu n’est pas très clair.

Devrait-on avoir peur de lui? Est-il responsable de toutes les horreurs que les hommes s’infligent? Du mauvais sort qui s’acharne parfois sur certains? Ou, comme le demande Mack, le héros du Shack, de la mort d’une enfant belle et innocente?

Grosses questions


Dieu est-il responsable des charlatans qui parlent en son nom, qui prêchent la vertu et s’adonnent aux vices, châtient les infidèles et fomentent la haine pour sa plus grande gloire? Est-il responsable du fait que ces imposteurs ont des fidèles zélés - ou armés?

Grosses questions. Il y en a des plus légères. Que penser de ces gens qui prient Dieu de faire en sorte que leur billet de loterie soit le gagnant? Ceux qui font paraître des annonces dans les journaux afin de remercier une panoplie de saints spécialisés pour faveurs obtenues?
Qui font le signe de croix en passant près d’un cimetière ou qui parlent à Dieu quand ils en sentent le besoin, sachant qu’Il les entend?

Ce sont ces gens-là, braves citoyens, respectueux de la loi, croyants et un rien crédules, qui ont fait de Paul Young - un ancien commis de nuit dans un hôtel de Californie - un homme aujourd’hui riche, célèbre, et probablement mort de rire devant sa bonne fortune.

Bouche-à-oreille


Aucun éditeur américain n’était intéressé à publier Le Shack, un roman plutôt moyen qui raconte comment un homme, éperdu de douleur après le meurtre sordide de sa petite fille, rencontre la Sainte Trinité dans une cabane perdue dans le bois - et discute des mystères de la vie, de l’âme et du coeur en tête à tête, si on peut dire, avec Dieu eux-mêmes (ben oui, ils sont trois là-dedans.)

Il a donc publié son livre à compte d’auteur avec, pour tout support publicitaire, un site web à $300. Le bouche-à-oreille dans l’Amérique profonde du Bible Belt républicain a répandu la bonne nouvelle. Un an plus tard, Le Shack était enraciné au sommet de la liste des best-sellers du New York Times, vendu à près de 5 millions d’exemplaires. Pour tout dire: un livre qui fut d’abord publié en format de poche puis, plus tard, en édition reliée.

Dans le monde de l’édition, il n’y a qu’un mot pour décrire ce genre de succès: un miracle...

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