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30e salon du livre de Montréal - Le bonheur à la page
©Photo d’archives Raynald Leblanc

30E SALON DU LIVRE DE MONTRÉAL

Le bonheur à la page

Claudia Larochelle
14-11-2007 | 15h31
«Les gens qui lisent sont plus heureux que les autres.» Micheline Lachance, présidente d’honneur du Salon du livre de Montréal,qui se déroule à la Place Bonaventure, du 14 au 19 novembre, en est convaincue.

Telle est la devise de l’auteure, inspirée par une enquête sur l’indice relatif de bonheur selon les gens. Dans son roman fantastique Les Thanatonautes, Bernard Werber expose pour sa part que le monde se divise en deux catégories de gens: ceux qui lisent des livres et ceux qui écoutent ceux qui ont lu des livres.

Les gens de cette première catégorie sont plus nombreux chaque année, si bien que les organisateurs du Salon cette année ont décidé d’ajouter une journée à cette 30e édition.

Cette année, Alain M. Bergeron, Michel Lessard, Maxime-Olivier Moutier, Stanley Péan et Michel Rabagliati font partie des invités d’honneur. D’ailleurs, la Belge Nadine Monfils, les Français Pierre Bottero et Marie Darrieussecq et la Néerlandaise Anna Enquist les accompagnent dans ce rôle prestigieux. Quant à Micheline Lachance, qui prêche pour le bonheur du livre, elle en est à sa troisième année de «mandat» comme présidente d’honneur.

DE LA PAGE À L’ÉCRAN

Le livre, source d’inspiration est le thème de cette année au Carrefour Desjardins où les visiteurs constateront à quel point les disciplines se nourrissent les unes les autres, qu’un livre peut inspirer une pièce de théâtre, un film ou une série. Combien de cinéastes fréquentent les librairies pour trouver un roman «adaptable»? Combien de films vus au grand écran proviennent d’un livre? Presque un sur deux. Cette année seulement par exemple, Soie d’Alessandro Baricco, J’ai serré la main du diable du général Dallaire et Odette Toulemonde d’Éric-Emmanuel Schmitt ont inspiré des réalisateurs qui en ont fait des adaptations. Le livre demeure à la base de la culture.

L’Heure du conte en pyjama, des Confidences d’écrivains, des Tables rondes, des séances de dédicaces, des remises de prix honorer ont les œuvres littéraires en faisant partie des activités du Salon. L’événement Livres comme l’air; combattants pour la liberté d’expression, animé par Antonine Maillet réunira dix écrivains qui liront leur dédicace à autant d’auteurs emprisonnés pour délit d’opinions. Toujours aussi couru, Je veille au Salon garde les gens éveillés jusqu’à très très tard. À 30 ans, le Salon est encore capable de veiller…

SALON DU LIVRE DE MONTRÉAL

Le livre a pris du poids

Il y a 30 ans, pas loin de 40 000 personnes s’étaient rendues au Salon du livre de Montréal rencontrer un peu moins de 200 auteurs… Prendre de l’âge donne de l’amplitude et dans le cas du Salon, on ne peut qu’applaudir.

L’an dernier, 123 000 visiteurs y rencontraient plus de 1450 auteurs, dont une bonne centaine en provenance de l’étranger. En trente ans, le Salon a gagné plus de 80 000 visiteurs. Les gens lisent plus, le livre s’est démocratisé, les auteurs passent de moins en moins pour des Martiens pelleteurs de nuages. Si bien qu’avec cette affluence, une journée de plus a été ajoutée dans la programmation habituelle de cinq jours. «Ceux qui disent que les gens ne lisent pas, ça ne paraît pas chez nous!» observe la directrice générale du Salon depuis 1990, Francine Bois.

D’INTELLOS À VEDETTES

Du livre, elle en mange et ça la fascine de constater à quel point les écrivains deviennent des vedettes au fil des Salons, par exemple Michel Tremblay et Marie Laberge qui font courir les foules remplies de gens émus de rencontrer en chair et en os ceux qui les ont fait rêver par les mots.

Cette année encore, Tremblay y sera – il n’a jamais manqué un Salon…– pour La Traversée du continent parue chez Leméac/Actes Sud. Dire qu’en 1978, il était à la Place Bonaventure quelques semaines après la parution de La grosse femme d’à côté est enceinte… Nana un jour, Nana toujours.

Le mois avant la parution de sa Traversée, Marie Laberge faisait paraître chez Boréal Sans rien ni personne, son premier polar. Parions que ses fans seront aussi nombreux à faire la file pour obtenir une dédicace qu’à la publication des trois tomes de sa trilogie du bonheur.

Pour Francine Bois, les longues files de lecteurs devant un stand d’auteur suffisent pour mesurer l’impact d’un livre au Québec et peuvent être presque aussi difficiles à gérer que celles au Centre Bell lors d’un show rock…

RENÉ LÉVESQUE, CE HÉROS

Présidente d’honneur depuis trois ans, fidèle habituée du Salon à titre de visiteur, de journaliste et d’auteure, Micheline Lachance se souvient de la cohue et des gardiens de sécurité autour de René Lévesque en 1986 lorsqu’il venait de remporter le Prix du public au Salon. L’ancien Premier ministre du Québec n’avait même pas eu le temps de signer tous les livres de ses fans tant il y en avait de massés autour de lui. Cette même année, Lachance rencontrait ses lecteurs pour le deuxième tome de sa trilogie sur la vie du cardinal Paul-Émile Léger. «Il y avait eu tellement de monde… Ils venaient pour voir le cardinal. Moi je restais à l’écart. Une belle leçon d’humilité.»

Plus près de nous dans le temps, il y a deux ans, la présence de Nathalie Simard au Salon à la sortie de ses confidences dans Briser le silence avait eu autant d’impact que lorsque quelques années avant, Marina Orsini et Arlette Cousture avaient rencontré leurs fans du roman fleuve, puis de la série télé Les Filles de Caleb… En 1996, le Français Daniel Pennac, à qui l’on vient de remettre le prix Renaudot pour Chagrin d’école, faisait un tabac avec sa famille Malaussène. Les attroupements étaient monstres. Lui n’en revenait pas.

LA STAR D’AILLEURS

Avec des auteurs comme Bryan Perro, Anne Robillard, Marie Laberge, Michel Tremblay, l’auteure à suspense américaine Mary Higgins Clark, l’animateur français célèbre Bernard Pivot, le charismatique Marc Levy, l’affluence au Salon ne risque pas de diminuer pour ses 30 ans, d’autant plus que les auteurs étrangers se passent le mot, savent qu’au Québec, on leur voue un culte. C’est déjà beaucoup mieux qu’aduler de parfaits inconnus au petit écran…

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