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AMÉLIE NOTHOMB
Une forme de vie
Véronique Beaudet - Collaboration spéciale
22-08-2010 | 04h50
À chaque rentrée littéraire son nouveau Nothomb. Pour son cru 2010, Une forme de vie, Amélie Nothomb nous parle notamment de ce lien essentiel et vital qu’elle entretient avec son courrier des lecteurs.
La prolifique romancière belge a plus d’une fois déclaré qu’elle prenait beaucoup de son temps pour répondre au courrier que lui envoyait ses lecteurs et admirateurs. Dans son nouveau roman, elle s’en inspire ouvertement sans se cacher derrière un personnage.
L’auteure devient donc la narratrice. Une certaine Amélie Nothomb, écrivaine belge habitant Paris, publiant une fois l’an un livre à l’automne et croulant sous une pile de missives de lecteurs qu’elle lit attentivement avant d’y répondre à la main.
Un jour, l’Amélie du roman reçoit une lettre d’un certain Melvin Mapple, soldat de 2e classe dans l’armée américaine basé en Irak depuis six ans. Commence alors une correspondance entre Amélie et Melvin. Il se trouve que ce Melvin Mapple souffre d’un mal de plus en plus fréquent chez les troupes américaines envoyées en Irak.
Une pathologie vue comme «dégradante pour l’image de l’armée américaine». Melvin est gros. Obèse serait un terme plus approprié. Depuis son arrivée à Bagdad, il a pris 130 kilos. Et ce n’est pas terminé. Il continue à grossir de jour en jour et à manger pour dix. Melvin souffre des atrocités de la guerre et s’empiffre pour oublier. La bouffe est devenue pour lui et ses compagnons d’infortune obèses une dépendance et l’obésité, une preuve tangible de leur souffrance.
«Nous au moins, nous arborons notre culpabilité avec ostentation. Nos remords ne sont pas discrets. N’est-ce pas témoigner beaucoup d’égards envers ceux que nous avons si gravement offensés ?» se questionne Melvin.
Mais leur obésité est un acte de sabotage qui coûte cher à l’armée, en nourriture, vêtement et soins de santé.
UN OBJET PHILOSOPHIQUE
Ce n’est pas la première fois qu’Amélie Nothomb aborde le thème des problèmes alimentaires dans un roman. Dans Robert des noms propres et Biographie de la faim, elle avait notamment traité de l’anorexie. Cette fois-ci, à travers les lettres qu’elle échange avec Melvin, l’auteure traite d’une façon plutôt surprenante de l’obésité.
Elle plonge dedans, lui tord le bras, la maltraite, la soigne, la comprend, la plaint, l’étudie. L’obésité devient un objet philosophique, poétique, aberrant, dramatique, ironique et cynique. C’est aussi l’histoire d’une correspondance entre deux êtres humains. L’auteure nous parle du lien qui l’unit à ses lecteurs et ce besoin viscéral de correspondance.
Un lien ambigu fait d’attirance et de répulsion. Un besoin organique d’échanger des mots sur
papier, l’attente d’une réponse, le plaisir de nouer une relation, mais aussi la désolation de lire les mêmes demandes de ses lecteurs et cette manie qu’ils ont de vouloir s’incruster
dans sa vie.