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FLORENCE AUBENAS
Le quai de Ouistreham
Véronique Beaudet - Collaboration spéciale
14-03-2010 | 04h00
La journaliste française Florence Aubenas s’est immergée pendant six mois dans la vie d’une chercheuse d’emploi sans diplôme. Son expérience a donné naissance au Quai de Ouistreham, un récit qui nous plonge dans le quotidien de ces Français qui peinent à trouver du travail.
Février 2009. C’est la crise. Les gens ne parlent que de ça. À la radio, à la télé, dans les journaux, les reportages deviennent de plus en plus anxiogènes.
«Tout donnait l’impression d’un monde en train de s’écrouler. Et pourtant, autour de nous, les choses semblaient toujours à leur place», écrit Florence Aubenas.
Grand reporter au magazine Le Nouvel Observateur, Florence Aubenas est pourtant l’une des mieux placées pour comprendre cette crise. Mais comprendre la crise de l’extérieur est une chose, la vivre de l’intérieur en est une autre.
Florence Aubenas choisit donc de quitter Paris pour Caen, une petite ville de province. Elle conserve son nom, ses papiers, se teint en blonde, ne quitte plus ses lunettes et s’inscrit au chômage avec comme seul bagage, un baccalauréat (l’équivalent d’un secondaire5).
Objectif: décrocher un contrat à durée indéterminée, c’est-à-dire un poste permanent. Mais Florence Aubenas n’est pourtant pas une anonyme. Retenue comme otage en Irak en 2005, elle a été sous les feux des projecteurs après sa libération. Malgré cela, peu de personnes se sont arrêtées à
son nom et une seule l’a démasquée.
CHERCHER UN EMPLOI
Au fil des pages du Quai de Ouistreham, Florence Aubenas nous fait plonger en même temps qu’elle dans le monde des chercheurs d’emploi. On la suit au Pôle emploi (une sorte d’Emploi Québec) où, jour après jour, elle épluche les offres d’emplois.
On la retrouve tantôt face à une conseillère défaitiste vis-à-vis son CV, tantôt face à une autre qui croit en ses capacités. Un endroit où elle croise les mêmes visages. Il y a les lassés, les motivés, les optimistes, les pessimistes, les râleurs, ceux qui gardent espoir et ceux qui ont baissé les bras.
Florence Aubenas écoute, observe et rend compte sans jugement. Il y celui qui, face à une conseillère de Pôle emploi, annonce qu’il est prêt à gagner moins que le salaire minimum et qui se fait répondre qu’il est le troisième de la journée à lui dire ça. Ou encore, cette jeune femme qui, discutant au téléphone avec sa mère, lui dit de ne pas s’inquiéter parce qu’une copine lui a prêté 3 euros aujourd’hui.
On l’aura compris, ça se déroule en France, mais ça pourrait aussi bien se passer au Québec.
PETITS CONTRATS
Il faudra quelques semaines à Florence Aubenas pour décrocher un premier job de femme de ménage avant de cumuler divers petits contrats. Rapidement, on est confronté à la dure réalité de ces boulots précaires. Et surtout, on comprend.
On comprend pourquoi ces hommes et ces femmes sont prêts à accepter des conditions de travail difficiles et des patrons parfois exploiteurs pour mettre du pain sur la table. Cette peur et ce stress de perdre son travail ne quitteront jamais vraiment Florence Aubenas pendant ces six mois.
Mais on se rend compte que cette immersion, c’est bien plus qu’un travail de journaliste pour rendre compte du quotidien des chômeurs. C’est une véritable expérience humaine, avec ses rencontres parfois drôles, parfois touchantes, et avec ses amitiés qui se développent souvent dans la solidarité et l’empathie.
Parution au Québec le 23 mars.