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Philippe Djian - Incidences
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PHILIPPE DJIAN

Incidences

Véronique Beaudet - Collaboration spéciale
09-03-2010 | 04h00

Un an après Impardonnables, Philippe Djian revient avec Incidences, un roman sombre non dépourvu d’humour noir dans lequel son antihéros, un prof d’université, s’engouffre au fil des pages dans son propre piège.

Un roman terriblement efficace.

À cinquante-trois ans, Marc a toujours la cote. Surtout auprès des jeunes étudiantes à qui il enseigne la littérature appliquée. Ça se déroule dans une université française, mais toute l’action d’Incidences aurait très bien pu se passer de l’autre côté de l’Atlantique.

D’ailleurs, mis à part la Fiat 500 conduite par Marc, on s’imagine facilement aux États-Unis, dans un petit bled du Vermont avec vue sur les montagnes enneigées. Les protagonistes s’interpellent avec des «Hello», le héros fume des Winston sans arrêt et mange des oeufs-bacon le matin, habitude alimentaire très nord-américaine soit dit en passant...

Un soir donc, Marc ramène chez lui Barbara, 23 ans, une beauté avec un réel talent littéraire et aussi saoûle que lui. Au petit matin, il la retrouve sans vie, «froide comme un jambon, déjà presque grise». Toute personne normalement constituée aurait pourtant appelé les flics, mais pas Marc.

On ne vous révèle rien en vous faisant part du choix de Marc puisqu’on l’apprend dès les dix premières pages d’Incidences. Ce qui est intéressant, c’est tout ce qui vient après. Les conséquences de ce geste sur le reste des événements et l’arrivée fracassante de la belle-mère de Barbara dans sa vie.

UN DRAME FAMILIAL

Marc prend bien soin de garder ses aventures amoureuses secrètes. D’une part, parce que le directeur du département de littérature l’a sérieusement à l’oeil, et d’autre part, parce que Marc veut épargner à tout prix sa soeur aînée Marianne.

Le frère et la soeur partagent une maison au fond de la forêt et vivent une relation incestueuse depuis leur plus jeune âge. Leurs étreintes n’ont cependant rien de vraiment sexuel, c’est plutôt un moyen qu’ils ont trouvé pour se sentir plus forts face aux souffrances vécues dans leur enfance.

L’auteur reste avare sur ce qui s’est passé, mais on devine une mère violente qui a laissé derrière elle deux enfants profondément marqués. Philippe Djian réussit parfaitement à nous faire ressentir la présence de ce fantôme maternel qui hante encore aujourd’hui Marc en décrivant brièvement, çà et là, certaines exactions commises par la mère.

UN ANTIHÉROS HUMAIN

Mais le sujet du livre n’est pas là. Enfin, pas seulement.

Il y aussi une histoire d’amour et des morts. Mais il ne faut pas nier les blessures d’enfance et la relation ambiguë et malsaine entre Marc et Marianne, puisqu’ils donnent de la profondeur à cet antihéros.

C’est d’ailleurs ce qui fait la force de ce roman. Philippe Djian arrive à construire un vrai personnage, avec une personnalité un brin nonchalante, une psychologie complexe, un entourage. Il lui construit une vie et lui donne une belle humanité tout en prenant soin de laisser planer un certain mystère.

À mi-chemin entre le polar et le roman psychologique, Incidences séduit d’autant plus que Djian en noircit les pages d’un style fluide, lapidaire et auréolé d’une belle ironie.

Parution au Québec à la fin du mois de mars.

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