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PAUL AUSTER

Seul dans le noir

Par Pierre Thibeault - QMI
12-03-2009 | 04h00
Un clown se réveille au fond d’un trou, profond, circulaire, dont il ne peut s’extirper seul. Une main secourable se tend et le libère de cette étrange prison. Mais voilà que de retour sur le plancher des vaches, cet homme, Owen Brick, n’est plus un clown mais un caporal militaire plongé dans une guerre civile qui ravage les États-Unis. Certains états n’ont pas accepté la victoire controversée de George W. Bush en 2000 et ont fait sécession. La tragédie du 11 septembre n’a pas eu lieu, pas plus que la guerre d’Irak. Et si on a sorti Owen Brick de son trou, c’est pour mieux le replonger dans une impasse. Il reçoit en effet la mission d’assassiner celui qui est responsable de cette guerre civile, un certain August Brill. S’il refuse, sa femme et lui-même seront exécutés dans le monde d’où il vient, celui d’avant, l’autre, au sein duquel il était encore un clown heureux en amour.

Qui est donc cet August Brill que Brick doit tuer? Nul autre que son propre créateur, un ancien critique littéraire septuagénaire dont les mouvements se résument aujourd’hui à passer de son fauteuil roulant à son lit à la suite d’un terrible accident de voiture qui l’a laissé lourdement handicapé. C’est durant ses nuits d’insomnie que August Brill a inventé le personnage d’Owen Brick et les aléas qui peuplent sa vie, l’Histoire revistée et cette Seconde guerre de Sécession qui frappe les États-Unis. August Brill, récemment veuf, vit chez sa fille, Miriam, une divorcée qui «dort seule depuis cinq ans». La maison est également occupée par Katya, la fille de Miriam dont le mari, chauffeur de camion, est mort sauvagement assassiné en Irak.

Âmes blessées


Curieux trio que celui que nous présente Paul Auster dans ce 14e roman. Trois générations d’âmes blessées qui ne trouvent qu’un peu de réconfort dans leurs aspirations artistiques paresseuses et dans la contemplation des malheurs de l’un et de l’autre. Au-delà de la colère contre Bush, des questionnements politiques et économiques, des égarements de l’humain, Auster semble faire s’enchevêtrer les récits et les malheurs de ses personnages pour mieux s’interroger sur ce qui le turlupine depuis ses débuts, soit les rapports que peuvent entretenir entre eux le réel et le fictif. Ce faisant, Paul Auster fait se télescoper la fiction et l’Histoire en tentant de rompre la barrière qui séparerait la réalité et l’imaginaire.

Bien évidemment, tout au long de ce chemin, c’est tout le travail de l’écrivain qui est scruté, disséqué, questionné... au détriment des personnages et de l’intrigue qui s’étiolent comme pissenlits au vent au fil de la lecture. Tant et si bien que l’on a parfois l’impression d’un auteur qui, tellement plongé dans l’admiration béate de sa propre stylistique - au demeurant extraordinaire -, en oublierait le lecteur au passage.

Auteur : Paul Auster
Titre : Seul dans le noir
Éditeur : Actes Sud/Leméac
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