RUSSELL BANKSLa réservePar Maxime Catellier 01-06-2008 | 09h00
L’histoire de La réserve se laisse résumer sans heurts: un peintre célèbre, Jordan Groves, marié mais volage, de surcroît pilote d’avion, rencontre sur son chemin une femme troublée et troublante, Vanessa von Heidenstamm, divorcée deux fois et adoptée par la riche famille du Docteur Cole. Le décor est planté dans une réserve naturelle des Adirondacks, une région à la beauté époustouflante, dont les seules habitations sont celles de riches propriétaires exploitant la main-d’œuvre locale, sans emploi depuis la crise de 1929. Nous sommes à l’été 1936. La guerre sévit en Espagne, mais autour, voire au sud du lac Champlain, tout est au beau fixe.
Or, était-il nécessaire de donner à ces nœuds et dénouements de nature amoureuse, sur fond de hiérarchie sociale, des assises politiques? «On ne peut pas s’en sortir, croit Russell Banks. Quand on se met à considérer la vie de n’importe quel être humain, il faut le faire avec un contexte politique, mais familial aussi... Et sans t’en rendre compte, tu considères aussi le contexte social et, de fait, le contexte historique. Je vois les gens comme ça, qu’ils soient réels ou fictionnels. Je ne peux pas écrire sans que ça remonte à la surface.»
«Quand j’ai voulu écrire sur cette région, la mienne, où j’habite depuis plus de 20 ans, j’ai aussi voulu parler des luttes de classes qui existent dans des endroits comme les Adirondacks. Il y en a aussi au Québec, dans les Cantons-de-l’Est, tout comme au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse, où j’ai voyagé récemment. Vous avez un nombre important de gens riches qui font construire d’immenses maisons, pour les vacances d’été, et les gens du coin deviennent assez vite asservis. On observe ce phénomène partout, qui est intéressant, compliqué, mais aussi douloureux. Et il y a beaucoup de gens, au Canada et aux États-Unis, qui ont leur réserve personnelle. Ce n’est peut-être pas une réserve littéralement géographique. Ça peut aussi être simplement un gros compte en banque. Mais la plupart des gens n’en ont pas, de réserve.» Et le clou du spectacle, dans ce roman aux accents critiques bien évidents, est certainement le zeppelin Hindenburg, qui est véritablement apparu dans le ciel des Adirondacks, lors de l’été 1936: «Il est arrivé dans mon roman presque par accident. J’ai demandé à mon assistante de faire une recherche dans les journaux de l’époque pour savoir s’il s’était passé quelque chose de particulier dans le coin, un grand feu de forêt ou je ne sais quoi. Et elle a remarqué le passage de ce zeppelin, la plus grosse embarcation volante qui ait jamais existé, et de surcroît, un puissant symbole de la montée du nazisme. Et un symbole aussi du désastre. Quand on voit le Hindenburg, on ne le voit pas voler, on le voit exploser. C’est l’extrait visuel qui l’a rendu si réel. Et si aujourd’hui je te parle du World Trade Center, tu le verras s’effondrer, le 11 septembre 2001.»
Titre : La réserve Éditeur : Leméac COMMENTAIRES DES INTERNAUTES
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