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Marie Christine Bernard - Mademoiselle personne
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MARIE CHRISTINE BERNARD

Mademoiselle personne

Par Elsa Pépin
27-03-2008 | 14h13
Aucune image fixe ne compose ce conte pluriel aux personnages irréductibles, à commencer par Céleste, cette curieuse fille qui se fait appeler Mademoiselle Personne depuis que la mer lui a tout volé: père, frère, fils et amant. Cette «petite sirène fantasque et boiteuse» qui rêve de devenir capitaine de goélette, sera tour à tour démone, gueuse ou prédatrice redoutable, selon chacun des regards masculins posés sur elle. Autour de cette énigmatique sorcière, d’un naufrage et de morts mystérieuses se développe une intrigue au fil de quatre récits personnels, quatre mouvements d’une partition reprise avec une voix et une tonalité différente.

Justin O’Brien, un journaliste débarqué à Sable Rouge en 1941, ouvre le roman avec une mise en abyme. Auteur d’un petit roman intitulé Mademoiselle personne, il raconte son mémorable dépucelage avec l’ensorceleuse, mais s’adresse aussi au lecteur, lui rappelant que «chaque personne a son histoire». Will, le prétendant qui l’a précédé, prend ensuite le relais dans un récit coloré, truffé d’expressions locales où la passion charnelle pour la jeune Gaspésienne se résume à: «j’avais été enfirouapé par le diable en personne».

Suit Émile, le maire arrogant, méprisant le «village de ploucs» sur lequel il règne en despote malhonnête et cherchant en vain à conquérir la belle allumeuse. Finalement, l’auteure cède la parole à Céleste pour clore ce roman à la progression parfaite, où la vérité persiste à s’esquiver dans des zones d’ombre, permettant à l’histoire de se renouveler éternellement.

Construit à rebours, le roman croise les témoignages des morts et des vivants, formant un tissu intemporel de styles et de perspectives, un hymne polyphonique au cycle de la vie. La mer, centre de gravité de cette tragédie gaspésienne, commande la nature et les gens du pays, tous deux soufflés par le squall, cette tempête de vent que personne ne voit venir. La «vie douce amère» des Gaspésiens ne peut être mieux incarnée que dans ce «conte à l’air vrai», véritable concert de voix où la langue se décline avec grâce en «beaupré», «jusant» et autres mots du terroir que l’auteure célèbre, à l’instar de Céleste, qui découpe dans les livres ses mots bien-aimés et les conserve dans une boîte à tabac héritée de son défunt père.

L’étrangeté de Mademoiselle personne rappelle Maupassant, son souffle, son humour franc et son éloquence, l’art des grands conteurs. L’inquiétante fable de Marie Christine Bernard ne se réduit pourtant à rien, sinon au métissage des genres et des paroles. Les deux pieds bien ancrés dans sa Gaspésie natale, l’auteure possède l’humble qua-lité d’écouter chanter ses personnages aux langues aussi typées et riches que leurs histoires, tout en se tenant à distance des œuvres folkloristes.

Auteur : Marie Christine Bernard
Titre : Mademoiselle personne
Éditeur : Hurtubise HMH
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