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CHOIX DU ICI: LIVRE

Lomer Odyssée

Par Elsa Pépin
31-01-2008 | 14h29
Ensorcelé par une Gueuse l’appelant depuis son port, un jeune marin quitte son bateau pour suivre sa dulcinée, une putain dont il tombe amoureux fou. De beuveries en fumeries d’opium, Lomer apprend la vie dans la précarité et l’amour avec une femme qui pourrait être sa mère. Entre des scènes de sexualité débridée, un dépucelage d’anthologie et une violence indécente, Pierre Gariépy crée un chant poétique maculé de sang, une épopée rabelaisienne à même la crasse et la laideur.

Tel le poème épique dont s’inspire le titre, Lomer Odyssée est porté par un lyrisme qui laisse, de prime abord, un peu pantois. Les phrases scandées d’un souffle incantatoire forment un récit proche de la ballade, d’abord un peu lourde, puis enchanteresse. En effet, le lecteur se laisse happer par les aventures de débauche des bas-fonds d’un port oriental, lieu idéal pour faire exploser la vie et ses abcès. Le corps et la matière éclatent dans un feu d’artifice dionysiaque, le roman formant un amalgame étonnant entre des scènes truculentes où jaillissent le sang, la pisse, la bière et la semence, et des envolées romantiques où le jeune poète idolâtre sa Gueuse, dont il célèbre la beauté peu banale, voir grotesque.

Explosive et outrancière, cette valse des indigents rappelle la poésie d’un Gainsbourg, inspirée qu’elle est par le vice. Plongé dans le stupre et la drogue, le jeune héros rachète le mal par son verbe inspiré. Celui qui écrivait des lettres d’amour pour les matelots analphabètes, saisit la beauté dans la souillure et la vilénie.

Sa Gueuse couche avec d’autres hommes, se noie dans l’alcool et porte les marques d’une vie de bacchanale, mais Lomer ne tarit pas d’éloges pour cette icône, ce fantasme incarné de la maman et la putain.

Parmi plusieurs scènes mémorables, notons celle où Lomer se fait tatouer par un vieux Malais le nom de sa Gueuse sur son sexe bandé, ou encore, celle où il découvre en demandant la main de sa prétendante, que son beau-père est un géant empaillé, attraction du village où il est devenu à lui seul un musée.

Outre l’originalité de certaines aventures insolites et fantasmatiques, Lomer Odyssée traite aussi de l’âge, du choc entre la jeunesse et la vieillesse. Lomer adule la Gueuse pour son vieil âge, synonyme à ses yeux de sagesse et d’accomplissement: «Ma Gueuse c’était comme Angkor Vat, en ruine encore plus belle, plus majestueuse parce que plus décadente, plus cochonne, vous comprenez? Quand une civilisation dépasse son apogée, sa décadence commence et, alors, tout est permis. Un dernier souffle avant la nuit, comme un dernier soubresaut avant l’immense recommencement, le plus beau feu d’artifice, avant la mort.»

Pierre Gariépy rend aussi hommage à ses ancêtres les marins, son père et son grand-père ayant eux-mêmes vécus sur la mer, ce lieu isolé du monde où le temps se fige dans l’incessant remous de l’océan. À la fin du roman, Lomer vieillissant regrette la vie d’avant le progrès: «L’encre, comme le sang, était devenue obsolète; la vie, elle, virtuelle. Vraiment, sacré progrès!»

À mille lieues du monde virtuel, Pierre Gariépy a pondu un roman qui semble sorti d’une autre époque, d’un univers viscéral, où le volcan de la vie crache son fiel et ses débordements.

On applaudit André Vanasse d’avoir osé dénicher une œuvre aussi impudique, voir même obscène sans être dégoûtante. Cette lecture grisante et charnelle éveille les sens et dépeigne les têtes bienséantes. Pour faire monter la chaleur en ces froides nuits d’hiver...

Auteur : Pierre Gariépy
Titre : Lomer Odyssée
Éditeur : XYZ
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