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DAVID GILMOUR
Une nuit rêvée pour aller en Chine
Par Claudia Larochelle
Le Journal de Montréal
05-09-2007 | 11h58
On se remet difficilement de la perte d’un enfant. Le Torontois David Gilmour a exploré ce thème complexe et chargé, y ajoutant une dimension onirique qui influence le cours d’
Une nuit rêvée pour aller en Chine, son sixième roman, qui lui a valu le Prix du Gouverneur général du Canada avant sa traduction en français.
En un souffle qui explore les profondeurs abyssales de la douleur humaine, Gilmour présente Roman, un animateur de télé fatigué qui ne trouve pas sommeil par un soir d’hiver où il se trouve seul avec son fils. Après avoir bordé son enfant, il sort un instant dehors avant d’aller caler quelques bières dans un bar à côté de chez lui.
À son retour, le petit a disparu. Une enquête débute, mais piétine vite en l’absence d’indices. Anéanti, Roman perd tous ses repères et se détache du reste du monde, trouvant refuge la nuit dans ses rêves.
Dans ce monde onirique, une vie parallèle qu’il fréquente avec avidité la nuit dans ses rêves, il retrouve son fils sur une île des Caraïbes. Il peut le reprendre dans ses bras, humer son odeur, toucher ses cheveux et espérer le ramener à la maison. Comme les autres personnages qui peuplent cette mystérieuse île, le gamin ne consentira pas si simplement à quitter son nouvel habitat…Plus Roman dort, plus il perd tout contact avec sa réalité, y laissant quelques plumes, un brin de sa raison.
PLACE À L’HOMME
Dans une prose simple, l’auteur explore l’amour paternel et la perte avec un regard percutant. La sensibilité de l’homme, sa vulnérabilité sont décryptées avec authenticité et nous transportent sur des sentiers peu explorés dans la littérature. Quoique existante et évoquée, la mère de cet enfant, qui partage toujours la vie du personnage principal au début de l’histoire, ne «vole pas la vedette» au héros, reste en retrait, laissant le feu des projecteurs sur la douleur et la culpabilité du père.
Bien qu’on ne saisisse pas trop les contours de cette île qui pourrait ressembler à l’idée qu’on se fait du paradis des morts, on est plus séduit par le chemin que l’homme emprunte pour apaiser sa douleur que par celui qui mène à son enfant.
Une nuit rêvée pour aller en Chine est aussi une ode à la paternité et à la filiation. On y respire l’amour inconditionnel, celui qui fait perdre la tête aux parents, qui liront peut-être cette histoire la gorge nouée.
Auteur :
David Gilmour
Titre :
Une nuit rêvée pour aller en Chine
Éditeur :
Leméac/Actes Sud