CHOIX DU LIVRE ICILa fin de l’alphabetElsa Pépin 12-07-2007 | 04h00
Annoncée d’emblée comme improbable, cette petite fable sur la fin d’une vie traversée par un jeu de hasard compose un joli pied-de-nez à la mort imminente, la dernière résistance de l’homme devant le temps qui s’écoule. Sur un mode enfantin, le couple de Londoniens aux noms loufoques d’Ambroise Zéphyr et de Zappora Ashkenai prend vie dans chaque détail, révèlant ainsi leur personnalité. Non loin de l’esthétique du Fabuleux destin d’Amélie Poulain, C.S. Richardson définit l’homme par ses préférences et ses dégoûts aussi anodins qu’extravagants, l’observant par le petit bout de la lorgnette qui le rend si proche de nous. Ambroise est graphiste et croit que, pour réussir dans la vie, «un homme doit vivre avec une femme intelligente, savoir danser le tango et connaître l’adresse d’un tailleur compétent». Il possède le don de reconnaître le sol et l’odeur d’un pays en particulier, et celui de voir le passé de ceux qui ont marché sur le sol où il se trouve, des centaines ou des milliers d’années auparavant. Sa femme, surnommée Zip, est chroniqueuse littéraire et aurait aimé être Française. Elle supporte les imbéciles «patiemment et avec le sourire, mais a les insectes en horreur». Les portraits minimalistes de ces personnages, révélés par leur atypisme, nous les rendent étrangement familiers. Sous ses airs badins, l’auteur globe trotter propose un voyage géographique mais aussi littéraire, grâce à une narration inventive et une poésie sans fioritures. On apprend entre autres choses qu’«il faut se moucher avant de rencontrer une femme pour bien capter son odeur». Derrière les petits manèges de l’existence se profile cependant une philosophie de la simplicité tout à fait délicieuse. Entamé dans l’urgence, le voyage éclair du couple, qui veut mettre à profit le temps qui lui reste, s’avère être de plus en plus essoufflant. Le besoin de s’arrêter, pour jouir de la vie autrement que dans une course folle contre la montre, traduit l’importance du carpe diem et celle de ralentir le rythme trépidant de l’existence. La force du roman tient sûrement au fait que l’auteur ne conclut pas et laisse le lecteur dans le doute quant à la meilleure façon de finir ses jours. L’histoire «improbable» d’Ambroise Zéphyr et de son voyage alphabétique ne sert pas de leçon. Pourtant, elle interpelle et entraîne le lecteur dans une réflexion sur la mort et le passage du temps. Il s’agit d’une belle réussite de philosophie non philosophique, destinée aux lecteurs joueurs et à ceux qui fuient la littérature pompeuse.
Titre : La fin de l’alphabet Éditeur : Alto COMMENTAIRES DES INTERNAUTES
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On m'a offert ce joli petit livre, que j'ai dévoré en l'espace d'une journée. J'ai ADORÉ. Je l'ai relu récemment et j'ai éprouvé le même plaisir. L'auteur sait vraiment comment parler d'un sujet grave en peu de mots. 5/512-07-2007- Julie- âge : (26-35) LAISSER VOS COMMENTAIRES
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