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Suzanne Myre - Mises à mort
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SUZANNE MYRE

Mises à mort

Par Elsa Pépin
03-05-2007 | 08h44
Éros et thanatos sont intimement liés, dit-on. Le rire et la mort font aussi une paire incongrue et irrévérencieuse. Au croisement de l’ironie noire et de la badinerie légère, sous des abords de conte de fée pour adultes, de chroniques croustillantes ancrées dans les névroses contemporaines, Mises à mort aborde le deuil dans la plaisanterie et l’insolence. Des 13 histoires, plusieurs visitent la mort sans cérémonie, l’abordent dans le détail du quotidien qui la désacralise sans la banaliser.

Dans «Cadeau d’anniversaire», une femme s’offre enfin un voyage en solitaire: un suicide. Plus loin, une jeune fille emmène les cendres de sa mère à ce qui devrait être sa meilleure séance de thérapie. La mort «débarrasse» certains «des ennuis de la vie», embellit la femme méprisée, selon le point de vue d’un mari misogyne, bien installé dans son cercueil.

La «mascarade mortuaire me donne envie de pouffer», ose l’une. «Les gens qui souffrent aiment se tremper dans la souffrance des autres pour oublier la leur», lance une autre. Chez Myre, le sacré et la morale ont quelque chose d’artificiel que répudie le regard direct et franc des protagonistes que rien ne scandalise.

De sa griffe assassine, de ses petites phrases courtes, aiguisées comme des couperets, la nouvelliste impudique scrute le plaisir interdit, la farce déplacée, dans une savoureuse délinquance mortuaire. Conteuse aguerrie, pleine d’une autodérision malcommode, elle raconte la mort, le sexe et l’impureté en allant droit au but, sans conclusion facile, dans un paysage au rire scabreux.

Avec ce même assemblage original d’expressions quotidiennes et le ton caustique mais aussi très pop qu’on lui connaît, Myre ajoute une note plus triste, un jeu plus grave autour de ce ludique requiem. Comme toujours, elle bouscule les bons sentiments, mais inspecte aussi la solitude humaine et les finales tragiques d’êtres rongés par le doute, la culpabilité, la peur et la jalousie.

Mises à mort est un antidote contre le larmoiement et l’embaumement de l’âme dans les salons funéraires. En revanche, Myre ne fait pas qu’amuser. Elle ose une critique sociale acerbe contre les subterfuges utilisés pour endormir nos peurs et note, au passage, l’étrange fascination de certains pour la mort, depuis peu ravivée avec le succès de la série Six Feet Under. Elle se questionne sur notre vide spirituel, les dangers du positivisme extrême, de même que ceux du voyeurisme.

À notre pudeur devant la mort, à nos rituels encombrants, Myre préfère un humour grinçant, des êtres aux pensées libres et impures. Et si la dignité devant la mort était justement de ne pas la fleurir, de ne pas l’enluminer de décors et de cérémonieuses révérences?

Après le vif succès de l’écrivain depuis ses débuts en 2001, Myre a annoncé sa disparition. Mises à mort devrait être son ultime recueil. Ne vous en faites pas, on sait désormais qu’elle ne prend pas la mort au sérieux.

Auteur : Suzanne Myre
Titre : Mises à mort
Éditeur : Marchand de feuilles
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