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Martin Amis - Chien jaune
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MARTIN AMIS

Chien jaune

Par Michel Lapierre
19-04-2007 | 13h53
«L’absence d’humour est le moteur du porno. Un seul véritable sourire, et tout ça disparaîtrait», explique la productrice Karla White en parlant de l’extrême fragilité de l’industrie qu’elle connaît sur le bout des doigts. Dans un monde où l’anglais est devenu la langue universelle du sexe, la pornographie ne rivalise qu’avec une seule institution fragile: la monarchie britannique!

C’est la thèse abracadabrante que Martin Amis, créateur du personnage de Karla White, semble échafauder dans une œuvre romanesque décousue intitulée Chien jaune. Il ne s’agit certes pas d’un roman excellent, mais le livre reflète malgré tout la sensibilité à fleur de peau du meilleur écrivain anglais d’aujourd’hui. À fleur de peau, voilà bien l’expression qui résume l’art et la personnalité d’Amis.

Lier la pornographie à la monarchie britannique paraît à première vue d’une gratuité ahurissante. Mais, pensez-y, le monde anglo-saxon, incarné surtout par les alliés Tony Blair et George W. Bush, ne peut être symbolisé que par la royauté, la seule institution subliminale qui marque à la fois l’histoire des Anglais et celle des Américains pour des raisons évidemment opposées.

Les États-Unis sont nés en 1776 par la libération du joug de la monarchie britannique. Quant à la Grande-Bretagne, elle ne peut, dans une perspective, cette fois, presque jamais conflictuelle, définir son passé mythique sans évoquer la royauté.

Mais que vient faire la pornographie dans le tableau? Pour Amis, montrer, en les accompagnant de gros mots anglais, les scènes pornographiques les plus crues sur toute la planète mondialise un idiome comme jamais.

Jadis, les Britanniques monarchistes et les Américains antimonarchistes (mais hantés par le fantôme d’un roi renié) n’ont pourtant pas imaginé, même dans leurs rêves les plus fous, que leur langue, signe certain d’un impérialisme culturel, pourrait bouleverser le tréfonds de l’humanité.

La pornographie n’est pas d’essence anglo-américaine, mais la mondialisation médiatique fait que c’est en anglais qu’elle met, d’après le roman, «le monde à l’envers» et proclame «la fin de la normalité» et, pour tout dire, «la fin de cette chose qu’on appelle monde». En faisant du sexe un objet de visionnement, on ruinerait la Terre entière.

«Pectoraux pornos», «monstrueux pénis porno» et «proportions pornos» des éjaculations! Tels sont les termes du roman d’Amis. L’obscénité devient «plutôt gay» et la femme, elle, devient la simple parure d’une pornographie masculine qui mène des attaques atomiques contre tout chant nuptial et les mots «vieillir à deux».

Fille du roi Henry IX, la princesse Victoria, jeune héritière du trône d’une Angleterre fictive, apparaît dans une vidéo scabreuse. Aux yeux d’Amis, écrivain superbement halluciné, elle contribuerait à montrer que, joints à l’homosexualité masculine, la pédophilie et l’inceste inspirent la pornographie, cette barbarie apocalyptique qui, en parlant la langue de Sa Majesté, déclenche la guerre mondiale contre l’amour.

Auteur : Martin Amis
Titre : Chien jaune
Éditeur : Gallimard
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