LEONARD COHENLivre du constant désirPar Maxime Catellier 12-04-2007 | 10h45
Cette amérindienne, de mère algonquine et de père iroquois, fut la seule de son peuple à être béatifiée, et il est probable que l’artère la plus célèbre de Montréal, la rue Sainte-Catherine, fut nommée en son honneur, malgré le fait que sa béatification ne fut entérinée qu’en 1980. Artère qui a d’ailleurs vu grandir Leonard Cohen, barde et poète, et dont les recueils de poésie sont rares et puissants. Livre du constant désir confirme la grandeur et la misère d’un homme bandé face à un univers qui semble n’avoir de sens qu’au-delà du corps, mais s’y confine et lui devient nécessaire. C’est ainsi que le corps devient l’univers, chez Cohen, et le seul lien véritable que nous entretenons avec Dieu, qui a souvent de belles jambes et une poitrine voluptueuse. Eh oui, n’en déplaise aux curés, Leonard Cohen aime les femmes, passionnément. En dessin, sous des mots doux comme le vent chaud qui souffle sur l’Inde ou la Grèce. En fumant une cigarette. En regardant la télévision. Cohen, ce «spécialiste de l’ennui», chante à ses femmes la chanson la plus douce: «Va ton chemin/ J’irai ton chemin aussi». Cohen, aussi, aime le monde. Les villes, les retraites, les terrains vagues ou les chambres d’hôtel. Son regard sur le monde est irremplaçable comme celui de Cendrars a pu l’être, à une autre époque. Et l’humour, trait distinctif de son peuple en exil, ne lui fait pas défaut, loin s’en faut. Décrivant sa séance d’habillage au mont Baldy, alors qu’il vivait une retraite bouddhiste en Californie, il conclut: «En tout et pour tout/ à peu près vingt livres d’habits/ enfilés rapidement/ à 2h30 du matin/ par-dessus mon énorme bandaison». Et il nous faut bien parler de recueil de poésie, puisque les textes rassemblés ici parcourent sa vie comme le feraient les souvenirs, passant de fête en fête, d’après-midi lancinant en voyages, réels ou imaginaires, où Cohen se fait conteur, prophète, diariste de la mouvance aveugle du monde, lui prêtant ses yeux comme Homère autrefois donna les siens à la Grèce. Pour les puristes qui répugneraient à découvrir les poésies de Leonard Cohen en traduction, sachez que son ami Michel Garneau, dont le grand four à mots a déjà cuit bien de la vie, ne démérite jamais, dans ce passage de l’anglais au français, de la belle langue du plus québécois des écrivains anglophones de Montréal. D’ailleurs, n’a-t-il pas déjà refusé le prix du Gouverneur général en 1968, l’année même où ses concitoyens jetèrent des pierres au premier ministre Trudeau durant le défilé de la Saint-Jean-Baptiste?
Titre : Livre du constant désir Éditeur : Hexagone COMMENTAIRES DES INTERNAUTES
Moyenne des votes :
LAISSER VOS COMMENTAIRES
Canoë se réserve le droit de ne pas publier une critique qui pourrait porter atteinte à la nétiquette.
|