CHOIX LIVRE DU ICILe CameramanPar Michel Vézina 01-03-2007 | 13h15
Son vieil ami, Koz, un réalisateur pour qui il a été cameraman pendant des décennies, qui est aussi le père de l’enfant de Bev, est accusé d’avoir injecté une dose fatale à une célèbre actrice, en plein tournage. Ce meurtre, une scène du dernier film de Koz, pourrait faire partie d’un vaste projet artistique qui guide la carrière du réalisateur depuis ses débuts. Il serait périlleux de livrer ici les clés et les surprises que nous réserve ce magnifique récit, mais la vérité et le mensonge s’y côtoient sans cesse. Les protagonistes et le narrateur nous entraînent sur autant de fausses pistes que possible, qui s’avèrent ensuite des vérités détournées, pour redevenir, finalement, aussi fausses que possible... L’ombre d’un art aux promesses infinies plane sur ce roman aux allures de chambre des miroirs. Les chapitres se renvoient l’un à l’autre, ajoutant à cette volontaire confusion qui nous amène à construire nous-mêmes à la fois l’œuvre et la vie de ces personnages aux allures folles, aux vies éclatées. À l’instar de plusieurs grands cinéastes des années 70 et 80, Koz n’est jamais en train de faire autre chose qu’un seul film. Il cherche à constituer une œuvre entière, totale, dont la première image du premier de ses films étudiants pourrait trouver écho dans la dernière image de son plus récent long métrage. La vie et l’œuvre de l’artiste ne font qu’un, des moments de cinéma-vérité se mélangent aux illusions les plus totales, et tout cela finit par créer le plus formidable des mensonges: l’art. Si certains relents euphoriques des années 60 et 70 flirtent avec une liberté tant sexuelle qu’éthylique, c’est la nostalgie d’une certaine vision de la création artistique qui est ici mise en scène avec une efficacité étonnante. Au fil de ce roman à saveur policière, mené avec une vivacité d’écriture rare, un regard est posé sur le cinéma en particulier et sur l’art en général. Que sont devenus ces créateurs excentriques, chantres de l’exagération, occupés à créer un monde autant qu’à le mettre en scène? Que sont devenus tous ces fous de la caméra qui, chaque fois qu’ils tournaient, réinventaient le langage autant que l’histoire de leur monde et la manière de faire du cinéma? L’art cinématographique qui est décrit ici risque de ne plus exister, comme le monde dans lequel il a souvent été créé. Et si, hormis quelques allumés, plus personne ne semble faire de films avec une démarche aussi personnelle, c’est peut-être que plus personne, hormis quelques allumés, justement, n’est capable d’avoir une vision aussi personnelle du monde. À noter, l’excellente traduction d’Ivan Steenhout, alter ego du poète Alexis Lefrançois.
Le Cameraman
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