CHOIX LIVRE DU ICICe n’est pas une façon de dire adieuPar Elsa Pépin 16-02-2007 | 11h09
À New York dans les années 70, Ralf partage un petit appartement avec son chien Lennon et son ami montréalais Sean, venu tenter sa chance comme musicien à Brooklyn. Ralf travaille dans un cimetière et tombe amoureux d’une vendeuse de la Fifth Avenue, Héloïse, qui se joint rapidement au petit groupe. Sur fond de guerre du Vietnam et d’une vie de dilettante, le rapprochement des trois protagonistes prend la forme d’un salut contre la solitude, au crépuscule de l’âge de l’innocence: «C’était ça les années soixante-dix. On commençait à ne plus croire aux oiseaux.» Sans fioriture et sans carcan, l’écriture de Stéfani Meunier sonne juste et fort. Elle a récupéré Sean, le personnage du vieux musicien de son précédent roman, L’étrangère, et a remonté le fil du temps pour raconter sa jeunesse. Dans une suite prompte d’accords et de désaccords, elle pose un regard sensible et multiple sur le passage difficile vers l’âge adulte et la peur de vieillir. Poète minimaliste, Meunier dessine la lente progression des sentiments et sonde la distance infranchissable entre les êtres humains avec des mots simples mais béton. Dans de courts chapitres où alternent les narrateurs, elle donne la parole à trois êtres isolés, trois instruments qui s’accompagnent sans fusionner. Un chapitre intitulé «Les trois îles» marque d’ailleurs la distance entre ces jeunes à l’aube d’un nouvel âge, celui de la fin des rêves et de l’errance: «Quand les Beatles se sont séparés, ils ont inventé l’avenir.» En fuite, sans attache et éloignés de leur famille, Sean, Ralf et Héloïse composent un fragile îlot de camaraderie qui les tient solidaires momentanément. Cet accord passager illustre cette période de la vie où on se construit une identité, une famille avec des amis, des amours passagères. Si l’histoire n’a rien de très original, Meunier se révèle une admirable conteuse du quotidien. La lente transformation des personnages se divulgue par petites touches poétiques saisissantes de vérité et par une variété d’images subtiles. Lorsque Ralf découvre l’éloignement d’Héloïse, il n’a d’autre mot que «peut-être que le vent et la mer de Saint-Malo avaient réveillé cette envie de tout avaler». Meunier décrit l’âme humaine dans ses notes tristes et joyeuses, sans diriger ses personnages plongés dans le doute et la solitude de leur conscience. Elle écrit comme on joue doucement d’un instrument pour ne pas faire de fausse note. Sa petite musique trotte dans la tête et ne lasse jamais.
Ce n’est pas une façon de dire adieu
Titre : Ce n’est pas une façon de dire adieu Éditeur : Boréal COMMENTAIRES DES INTERNAUTES
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