CHOIX LIVRE DU ICILa luciditéPar Michel Lapierre 25-01-2007 | 13h52
Pour créer un héros romanesque, Saramago a déjà choisi l’un des multiples écrivains imaginaires sous les noms desquels écrivait le poète Pessoa! C’était dans L’année de la mort de Ricardo Reis, livre traduit en 1988. Aujourd’hui, on peut lire en version française un roman de Saramago où les personnages n’ont même pas de noms: La lucidité. L’écrivain situe l’action dans un pays évidemment anonyme, sans doute le Portugal. Aux élections municipales organisées dans la capitale, 83% des électeurs ont voté blanc. Le grand Pessoa n’aurait pu aller plus loin dans la littérature du secret. Les dirigeants du pays interprètent le vote blanc comme une subversion de la démocratie. Sur mille affiches, on lit le slogan: «J’ai voté blanc.» Dans les rues, défile «un fleuve interminable de drapeaux blancs». La marée blanche menacerait le genre humain. Le gouvernement proclame l’état de siège. Saramago aurait l’intuition qu’à la différence du noir, absence de toutes les couleurs, le blanc, réunion de toutes celles-ci, comme Pessoa était la réunion de tous les noms des poètes, apparaît infiniment plus énigmatique.
La lucidité
Titre : La lucidité Éditeur : Seuil COMMENTAIRES DES INTERNAUTES
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