QUAND L'HISTOIRE D'UN HOMME EST L'HISTOIRE D'UN PEUPLELe vrai visage de Pierre PéladeauPar J. Sébastien Chicoine - Canoë 12-04-2003 | 11h23
L'auteur, Jean Côté, a été un proche de Pierre Péladeau pendant un peu plus de 40 ans. Côté nous livre ici un regard intelligent et éclairé qui ne fait pas économie de mise en contexte pour que le lecteur comprenne bien ce qui a façonné Péladeau dans sa jeunesse et tout au long de sa vie. Côté nous raconte bien sûr l'émergence de l'empire Quebecor grâce au flair et à l'opportunisme — à son sens honorable — de l'homme d'affaires. Mais il nous raconte d'abord et avant tout l'homme, dans toute sa grandeur et sa faiblesse. On nous a souvent raconté son alcoolisme, sa maniacodépression, son incapacité à démontrer de l'affection aux membres de sa famille, ou encore son amour inconditionnel de Beethoven et de sa musique, mais heureusement pour le lecteur, Côté évite d'en faire une utilisation sensationnelle, préférant plutôt nous faire découvrir Le vrai visage de Pierre Péladeau. Le vrai visage de Pierre Péladeau, c'est celui d'un humaniste, d'un homme extrêmement intelligent et — c'est là un aspect que la plupart des gens, sauf peut-être son cercle rapproché de collaborateurs, ignoraient — un de nos grands intellectuels. L'homme était un lecteur avide autant de littérature — il citait souvent Jean Giono — que de philosophie. Mais paradoxalement, il trouvait plutôt amusants les intellectuels «purs», surtout dans le domaine des affaires, qui écrivent des livres sur le domaine sans jamais avoir vécu ce dont ils parlent, en l'occurrence sans avoir jamais négocié une seule transaction de leur vie. On peut comprendre que cet aspect de l'homme ait été ignoré, puisqu'il n'en faisait pas l'étalage. Comme il le dit lui-même dans une postface consacrée à quelques-unes de ses phrases marquantes: «Je n'ai jamais pris une décision pour impressionner les autres. Vouloir épater, c'est vraiment courir après sa bêtise et son échec. J'aime ce qui est épatant, et ça n'a rien à voir avec l'épate.» Comme bien des grands hommes — et il ne fait nul doute à la lecture de cet ouvrage qu'il en fût un — c'était un être de contradictions. Là où ce livre réussit pleinement son objectif, c'est qu'il nous apprend justement l'autre côté de la médaille, ce qui a fait la réussite de Pierre Péladeau, mais aussi, ultimement, ce qui l'a emporté de façon prématurée. L'auteur nous apprend comment l'homme a su surmonter les obstacles d'un monde des affaires traditionnellement dominé par les anglophones, et l'appréhension face au succès et à l'enrichissement personnel inhérents à la société judéo-chrétienne de l'époque. Oui, l'homme voulait bâtir un empire, mais pas simplement pour s'enrichir personnellement: il a toujours vécu dans une certaine frugalité comparativement à d'autres. Il a bâti son empire avec la motivation première de prouver que les Québécois peuvent connaître le succès autant que les Anglo-saxons et qu'ils peuvent même faire mieux à cause de certains de leurs traits culturels propres. Fervent nationaliste, on l'a souvent targué d'être indépendantiste, ce qu'il n'était pourtant pas a priori. Par contre, pour lui, ce qui comptait c'était l'affranchissement de son peuple d'une certaine mainmise et d'une mentalité qui en empêchait plusieurs de se réaliser à leur plein potentiel. On lui a maintes fois reproché de faire du journalisme de bas étage, mais il ne faut perdre de vue que, d'une part, ce sont ses journaux qui ont créé des habitudes de lecture partout hors des grands centres et que, d'autre part, ce sont ses journaux qui ont créé presque de toutes pièces le star-system version Québec, un industrie qui en fait vivre plus d'un aujourd'hui. Toutefois, les démons intérieurs qui l'ont poussé toute sa vie durant à se surpasser sont aussi ceux qui, en fin de parcours, lui ont sapé toute son énergie vitale. Côté nous rapporte avec pudeur et éloquence à la fois les dernières années de la vie de Péladeau où il avait semblé baisser les bras, fatigué, épuisé, vidé. Le seul reproche que l'on peut faire à ce livre, c'est que malgré les efforts louables de mise en contexte, on escamote un peu trop les rapports avec ses fils Érik et Pierre-Karl et l'après Pierre Péladeau. Bon, d'autres biographies se sont penchées sur le sujet, mais celle-ci n'aurait pas souffert d'un petit chapitre sur le sujet. En bref, Le vrai visage de Pierre Péladeau est plus qu'une biographie; c'est un ouvrage d'histoire important qui devrait être lu par tout le monde, mais particulièrement par les moins de 30 ans. COMMENTAIRES DES INTERNAUTES
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