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Chronique de Jean Barbe - Politique-fiction

CHRONIQUE DE JEAN BARBE

Politique-fiction

Canoe.ca
05-02-2012 | 16h27

Ils trônent tous deux vers le sommet des palmarès et ils sont faits l'un pour l'autre. Dans le coin gauche, Jean-François Lysée, avec son Comment mettre la droite K.-O. en 15 arguments, et dans le coin droit, avec L'État contre les jeunes, Éric Duhaime.

Ce sont deux visions du monde qui s'affrontent. Si vous me connaissez un peu, vous savez de quel côté je penche, mais là n'est pas la question.

Car j'ai depuis longtemps l'impression qu'en matière politique on ne prêche qu'aux convertis. Ceux qui sont d'entrée de jeu d'accord avec Lysée liront Lysée. Ceux qui partagent les arguments de Duhaime liront Duhaime. Seuls quelques-uns liront Duhaime ET Lysée pour mieux les détester. Ce qui ne nous avance pas beaucoup, n'est-ce pas ?

N'empêche que les élections approchent, si on en croit la rumeur, et qu'un groupe de personnes obtiendra la clé du gouvernement pour les quatre ou cinq années à venir. Or Lysée et Duhaime ne sont pas candidats. Ils préfèrent le ring et recevoir des coups et en donner. Se faire défoncer la gueule en recevant des uppercuts, d'accord, mais se présenter aux élections ? Pas question !

SONT PAS FOUS, EUX

Qu'ont en commun Barak Obama, Mitt Romney, Stephen Harper, Jean Charest, Pauline Marois et François Legault, Sarkosy et Hollande ? Ils veulent être chef. Ils veulent la job.

Ce qui, à mes yeux, est une raison suffisante pour ne pas voter pour eux.

Imaginez une petite annonce qui se lirait comme suit : «Une grosse entreprise publique toujours déficitaire est à la recherche d'un PDG qui accepterait une rémunération dix fois moindre que pour un poste équivalent dans le secteur privé.

«Le candidat idéal sera prêt à travailler 125 heures par semaine et n'aura droit à aucune vie personnelle. Il devra s'exprimer en slogans de six secondes.

«Chacun de ses gestes présents, passés et futurs sera scruté à la loupe par tous les journalistes du pays. Il sera caricaturé, imité, moqué et potentiellement haï par la majorité des actionnaires. Fumeurs s'abstenir. »

Avez-vous envie d'envoyer votre CV ? Ben, moi non plus. Ni Lysée, ni Duhaime.

Une personne sensée veut travailler le moins possible pour le meilleur salaire possible. Une personne sensée veut aimer et être aimée. Une personne sensée fuit les journalistes comme la peste. Une personne sensée trouve qu'un rapport d'impôt, c'est compliqué. En fait, personne de sensé ne voudrait d'un emploi pareil. D'où j'en déduis que les potentiels chefs de nos démocraties occidentales ne sont pas des personnes sensées. Et alors tout s'explique : guerres, déficits, injustices et promesses impossibles à tenir.

Pour que les chefs de nos démocraties soient des personnes sensées, il n'y a qu'une seule solution. Il faut élire des gens qui ne veulent pas de la job.

«Monsieur, aimeriez-vous être premier ministre du Québec ? -T'es-tu fou toi, stie ? -On a un candidat ici ! »

En fait, moins les candidats voudraient la job, plus on pourrait leur faire confiance. Incapable de lever des fonds, de faire des discours en public et dégoûtés à la seule idée de serrer la main de milliers d'inconnus pendant des semaines, on pourrait être à peu près sûr qu'ils se contenteraient de faire le strict minimum pendant leur mandat, ce qui serait la meilleure façon de limiter les dégâts.

D'ailleurs, nous n'aurions plus besoin de plusieurs partis qui se disputeraient le pouvoir pendant d'interminables périodes électorales. On sélectionnerait trois ou quatre personnes qui ne veulent vraiment pas de la job, on ferait un seul débat à la télé, et celui ou celle qui n'aurait aucune réponse toute faite deviendrait notre premier ministre récalcitrant. Pas d'idéologue, pas de fanatique, pas d'assoiffé de pouvoir prêt à tout pour se faire élire. On nommerait à la tête de l'État celui qui, à la question « que pensez-vous du partenariat public-privé dans le domaine de la santé «, répondrait avec candeur : «Ben attendez minute, c'est pas simple, ça là, là ! »

Bravo !

Un seul parti pour tous les gens sensés. Un parti pour tous les remplacer. Le parti de ceux qui en ont marre des combats de boxe et des dopés du pouvoir. La seule condition pour en faire partie, c'est de ne pas vouloir y adhérer.

Je propose même un nom pour ce tout nouveau parti.

Il s'appellerait le Rassemblement des Adultes Logiques du Québec. Ou, pour faire plus court, son acronyme : le RAL'Q.

COMPLÉMENT DE CULTURE

Sur la pratique du pouvoir et la dure vie de chef, j'ai adoré Elizabeth, un film en deux parties tourné pour la télévision, mais qui se trouve dans les vidéoclubs, avec la formidable Helen Mirren dans le rôle-titre. Pas toujours drôle, la vie de chef ! Mais du temps d'Elizabeth (1533-1603), on était reine de droit divin et il fallait en porter le fardeau. Alors que de nos jours, rien n'y oblige.

Il y a aussi L'automne du patriarche, de Gabriel García Márquez, un roman foisonnant sur un dictateur coincé dans le labyrinthe de ses illusions. Très fort.

Et puis La fête au Bouc, de Mario Vargas Llosa, qui narre les derniers jours du dictateur Rafael Leonidas Trujilo. Mettez-le dans vos bagages pour votre petite escapade au tout inclus de République dominicaine pendant la semaine de relâche. Mais non, faites pas ça. Ça gâcherait le goût de votre piña colada !

* * *

À LIRE

  • Comment mettre LA DROITE K.-O. en 15 arguments de Jean-François Lisée,Stanké éditeur
  • L'État contre les jeunes,d'Éric Duhaime, Vlb éditeur
  • L'automne du patriarche de Gabriel García Márquez, Les livres de poche
  • La fête au Bouc de Mario Vargas Llosa, Folio éditeur
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