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Chronique de Jean Barbe - Deux romans d'été

CHRONIQUE DE JEAN BARBE

Deux romans d'été

JDM
03-06-2011 | 04h08

Il y en a qui disent que, de nos jours, les gens préfèrent les petits livres parce qu’ils manquent de temps. Hé ben. Ils n’ont pas vu la pile sur ma table. 500, 600, 800 pages. Des monstres.

C’est le temps des romans d’été. De l’évasion, de l’exotisme, mais attention, en première classe! Avec des hôtesses qui nous mettent un oreiller sous la tête et nous servent des petits drinks. Avec de la bouffe qu’on connaît déjà. Des steaks, des frites. De l’exotisme sans les inconvénients du voyage, sans la poussière de la route, sans la soif des déserts.

S’évader? D’accord. Mais d’abord la sieste.

LE GNANGNAN EN SÉPIA

Je vous le dis tout de suite, je ne l’ai pas lu jusqu’au bout. Ça s’appelle Les révoltés de Cordoue, d’Ildefonso Falcones. J’en ai lu 140 pages et j’ai abandonné. N’en pouvais plus. Une balle dans la tête, s’il vous plaît.

Il y a des limites à ce qu’un chroniqueur littéraire peut endurer. 140 pages, je lui ai donné sa chance, non?

On est ici dans un roman historique sans doute très fouillé, qui raconte la révolte des Maures dans l’Espagne du XVIe siècle. Mais le personnage principal, le héros, a une psychologie d’enfant de choeur, et encore, un enfant de choeur qui n’aurait jamais bu du vin de messe en cachette.

Les détails historiques, en veux-tu en voilà, mais sur l’humain et ce qui l’anime, on tourne les coins ronds, et on se limite à quelques comportements prévisibles, archétypaux. Des clichés, quoi.

C’est le défaut le plus grave des mauvais romans historiques, de penser qu’en des temps reculés, les choses étaient plus simples. Elles ne l’étaient pas. Elles étaient compliquées pour ceux qui étaient dedans jusqu’au cou.

Les révoltés de Cordoue est un parfait exemple d’exotisme à bon marché, qui vous fait visiter le passé, ses villes et villages, ses palais et ses grottes de contrebandiers. Mais les gens qui habitaient ce passé, vous ne les rencontrerez pas. Ils ne sont pas là. Dans ce passé reconstitué jusqu’à la maniaquerie, il n’y a que des personnages de papier. Du vieux papier jauni.

LES COWBOYS DU FAR-EAST

Encore chez Robert Laffont, j’ai lu au complet le Shanghaï Club de Jacques Baudoin.

Je ne sais pas, j’aime la Chine. C’est le dernier endroit du monde pas tout à fait exploré. Humainement, je veux dire. L’âme chinoise, pour un Occidental, est un territoire vierge, une contrée mystérieuse. Malheureusement, ce roman se contente d’en longer les frontières sans s’y enfoncer.

Shanghaï Club raconte l’histoire d’un ex-militaire français à la fin du 19e siècle, un temps contrebandier, qui se refait une santé financière en s’associant à un Chinois pour monter une société de transports de biens sur le grand fleuve Yangtze.

Parallèlement, une jeune Française lui est envoyée pour qu’il l’épouse, mais celle-ci cède la place à sa soeur, plus aventurière. Cette dernière tombera follement amoureuse de son beau mari, apprendra l’acupuncture et prendra la tête de l’entreprise lorsque son mari décèdera. Ça finit en queue de poisson, j’imagine qu’il y aura un tome 2. Bof. Je ne me précipiterai pas.

On n’est pas dans la grande littérature, on n’est même pas dans le grand divertissement. Je suis désolé, j’aurais aimé vous parler de bons livres. Mais il faut que je les lise pour le savoir. 500, 600 pages par semaine, je ne peux vraiment pas faire plus.

Si vous pensez que ça m’amuse de lire de mauvais divertissements… Bon, quand il fait beau et que je suis au parc avec mon chien, les fesses dans l’herbe et le soleil sur la peau… Il y a pire métier.

Mais l’été s’annonce plutôt moche et pluvieux, disent les météorologues. J’espère tomber sur de meilleurs livres, sinon, ça va être long.

Vous pouvez m’écrire, à cette adresse: jean.barbe@canoe.ca

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