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Nicolas Fréret
Canoë

10 BD québécoises à lire ou à offrir

10 BD québécoises à lire ou à offrir

Image tirée de À l'école, de Zviane.Photo Pow Pow

Nicolas Fréret

La production de bandes dessinées québécoises est en croissance flagrante. L'offre s'étoffe chaque année et le dynamisme des auteurs locaux laisse présumer que ce n'est pas près de s'essouffler. Tant mieux. J'ai sélectionné pour vous 10 BD - et un bonus - qui ne devraient pas vous décevoir.

Je vous les présente brièvement par ordre alphabétique.

1. À l'école, de Zviane (Mécanique générale)

L'une de mes auteures préférées au Québec, Zviane, a fait du neuf avec du vieux en repassant à travers l'imposant stock de ses débuts en bande dessinée. Elle a sélectionné le meilleur de deux œuvres réalisées alors qu'elle était encore aux études, La plus jolie fin du monde (2007) et Le quart de millimètre (2009).

On assiste, avec le recul, à la maturation d'une bédéiste hyper talentueuse. Mais on se rend compte que, depuis le début, tout est là. La musique, l'émotion, la soif de création, l'énergie, l'humour, la prise de risque, etc... Si vous aimez déjà Zviane, n'hésitez pas!

2. La Demoiselle en blanc, de Dominick Parenteau-Lebeuf et Éléonore Goldberg (Mécanique générale)

Voici une BD étonnante, tirée d'une pièce de théâtre follement originale. C'est l'histoire d'un négatif abandonné en 1933 dans une chambre noire à Berlin, de la photo jamais développée d'une «demoiselle en blanc», prise dans les dunes au bord de la mer.

Le photographe qui a appuyé sur le déclencheur a disparu. La maison dans laquelle il avait installé sa chambre noire a été laissée à l'abandon pendant des décennies, jusqu'en novembre 2009, alors qu'elle s'apprête à être démolie.

Les auteurs ont donné au négatif de la photo une conscience et des émotions, et notamment l'angoisse de ne jamais voir la lumière du jour. Tant et si bien que lorsque vient le temps de la destruction, pour la demoiselle en blanc, l'espoir renaît d'être enfin libérée.

Il s'agit d'un œuvre douce et brutale, lumineuse et charbonneuse, et d'une grande sensibilité. Il s'agit, aussi, un peu, d'une expérimentation artistique surréaliste. Rien que pour ça, ouvrez donc La Demoiselle en blanc!

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3. Dérangés, de Violaine Leroy (La Pastèque)

Dérangés met en scène trois personnages: un gardien de musée taciturne et adepte de broderie, une jeune femme qui a la fâcheuse tendance à ne plus se souvenir de ce qu'elle a fait la veille, et un homme à la retraite qui rencontre l'art sur le tard. Ils n'ont a priori rien à voir les uns avec les autres, à part peut-être cette impression qu'ils errent à la frontière ambiguë de la folie, abandonnés à leur différence et leur solitude.

Au cœur du récit, l'art et la folie, leurs perceptions et interprétations, entre le chamboulement et l'incompréhension qu'ils suscitent.

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4. La Femme aux cartes postales, de Jean-Paul Eid et Claude Paiement (La Pastèque)

On va me taxer d'être à la solde de La Pastèque tant j'ai parlé de ce bouquin cette année, mais je ne peux pas décemment faire une sélection sans qu'il ne soit dedans.

La femme aux cartes postales est un roman graphique riche, passionnant, surprenant, émouvant et grand public. Une BD que l'on relira toujours avec plaisir.

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5. Louis parmi les spectres, de Fanny Britt et Isabelle Arsenault (La Pastèque)

Après nous avoir profondément touchés avec Jane, le renard et moi, les deux auteures ont réalisé l'une des plus belles bandes dessinées de l'année toutes catégories confondues avec l'exceptionnel Louis et les spectres.

Une fois encore, elles puisent leur matière première dans les décombres de l'enfance.

Le duo déploie une nouvelle fois son infinie subtilité, dans la narration, dans le dessin, dans la psychologie de leurs personnages, dans les nuances, dans le choix des gris et des couleurs, et même dans la tragédie avec laquelle flirte parfois la vie de n'importe qui.

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6. Nunavik, de Michel Hellman (Éditions Pow Pow)

Jeune papa un peu épuisé ou déboussolé, auteur tétanisé par le syndrome de la page blanche et aux prises avec une crise de la quarantaine précoce, Michel Hellman a ressenti le besoin de «partir» et de «découvrir autre chose». Le bédéiste a donc embarqué en mode touriste avec ses cahiers à dessin à bord d'un petit avion d'Air inuit, direction Kuujjuaq, la «mégapole» de la région (2200 habitants) où règne «un calme de village du bout du monde». Et il a raconté son expérience en BD.

Le bédéiste parvient à nous faire vivre la substantifique moelle de son expérience au Nunavik, sans fioriture, avec une belle humanité et une pointe d'humour non négligeable. Il partage ses rencontres, son enthousiasme, ses étonnements, ses agacements, ses frustrations, ses contemplations aussi de cet environnement naturel hostile, mais fascinant.

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7. Les premiers aviateurs, d'Alexandre Fontaine Rousseau et Francis Desharnais (Éditions Pow Pow)

Avant de voler, l'homme s'est quand même bien pété la gueule. En ce sens, l'histoire de l'aviation s'est structurée sur les innombrables chutes et écrasements d'aéronefs. C'est ce que les deux auteurs ont pris le parti d'exploiter. À merveille.

Dès la première page, je me suis écroulé de rire... et je suis resté sur cette belle et réjouissante dynamique.

8. Rôle de composition, de Jimmy Beaulieu (Mécanique générale)

Dans cette première «vraie nouveauté» depuis 5 ans, Jimmy Beaulieu invite ses lecteurs à traverser des bribes de la vie intime de Noémie, une actrice qui court le cachet, et de sa blonde Colette. On les suit de leurs débuts torrides à l'érosion de la folie des cœurs. C'est beau et triste, comme la vie.

À ses dialogues qui sonnent toujours justes, le bédéiste ajoute de la douceur, de l'intensité, et de l'authenticité qui se font écho tout au long du récit.

Comme à peu près tout ce que tente Jimmy Beaulieu en bande dessinée, c'est réussi.

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9. S'enfuir, de Guy Delisle (Dargaud)

Christophe André a été pris en otage en Tchétchénie en 1997 alors qu'il était en mission avec Médecins sans frontières à Nazran, dans le Caucase russe. Guy Delisle a décidé de mettre de côté ses bandes dessinées autobiographiques pour raconter le récit de l'angoissante captivité de son ami, qui n'a jamais perdu l'espoir de sortir de cet enfer.

C'est une BD qui se tient à 95 % à huis clos dans une pièce vide équipée seulement d'un matelas fin et d'un radiateur auquel Christophe André restait menotté en permanence. Un huis clos de 432 pages au cours duquel je ne me suis pas ennuyé une seule seconde.

Une prouesse signée par le bédéiste québécois qui a mis près de 15 ans à venir à bout de cette histoire.

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10. Whitehorse (première Partie), de Sam Cantin (Éditions Pow Pow)

Laura est actrice, belle et convoitée. Henri espère devenir écrivain. Il est cultivé, enflammé, sûr de lui, mais un peu paumé. Ils sont jeunes, amoureux, fougueux. Leur couple pourrait virevolter, mais il bat de l'aile, parce qu'Henri est jaloux. Il rêve d'enfermer sa blonde pour la garder juste pour lui, et a bien du mal à faire en sorte que ce ne soit pas qu'une simple vue de l'esprit.

Samuel Cantin est un jeune auteur de bande dessinée prometteur, tant il excelle déjà. Sa deuxième BD, Vil et misérable, était absurde, déjantée, délirante, bref jouissive. La trame narrative de Whitehorse est plus classique, mais la construction du récit de cette «comédie sentimentale» s'agrémente d'une folie «cantinesque» de tous les instants, avec entre autres des personnages improbables, hauts en couleur et loufoques. Et des dialogues très punchés, très oraux, très réalistes.

La suite est attendue en 2017. Ce devrait cette fois être un «road-trip». On a hâte!

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Et en bonus:

Coquelicots d'Irak, de Brigitte Findakly et Lewis Trondheim (Éditions Pow Pow)

L'auteure de bande dessinée Brigitte Findakly raconte dans cette BD poignante ses souvenirs de fillette en Irak, bien avant que le pays soit en proie à la destruction. Elle s'est pour l'occasion associée à son amoureux, le célèbre Lewis Trondheim.

Les retours en arrière sont présentés comme ils viennent, l'authenticité se mêlant à la naïveté de l'enfance. Le tout est empreint de douceur, que l'on ne peut s'empêcher de relativiser avec l'horreur qui s'est emparée du pays.

Coquelicots d'Irak n'est pas une bande dessinée québécoise, mais elle est éditée par l'éditeur québécois Pow Pow (par L'Association en Europe), qui est parvenu à tirer son épingle du jeu en publiant de grands auteurs européens en exclusivité ici.



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