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Nicolas Fréret
Canoë

La dame, la demoiselle et l'ado

La dame, la demoiselle et l'ado

Les trois BD de cette chronique.Photo Mécanique générale

Nicolas Fréret

Ce sont trois excellentes BD québécoises que je vous recommande sans réserve cette semaine. Trois BD très différentes, qui illustrent la diversité de la production locale, mises en lumière par l'Association francophone des critiques et journalistes de bande dessinée (ACBD), dont j'ai le plaisir de faire activement partie.

Dans le cadre de la deuxième édition du Prix de la critique de la bande dessinée québécoise (BDQ) - un prix international consacré à la BDQ - l'ACBD a en effet sélectionné parmi 154 titres publiés entre juillet 2015 et le 30 juin dernier, La Demoiselle en blanc, La Femme aux cartes postales et Whitehorse, première partie. Je vous propose de ne pas attendre l'issue du vote à la fin du mois et de les découvrir vous aussi. Elles valent le détour.

La Demoiselle en blanc, de Dominick Parenteau-Lebeuf et Éléonore Goldberg (Mécanique générale)

Voici une BD étonnante, tirée d'une pièce de théâtre follement originale. C'est l'histoire d'un négatif abandonné en 1933 dans une chambre noire à Berlin, de la photo jamais développée d'une «demoiselle en blanc», prise dans les dunes au bord de la mer.

Le photographe qui a appuyé sur le déclencheur a disparu. La maison dans laquelle il avait installé sa chambre noire a été laissée à l'abandon pendant des décennies, jusqu'en novembre 2009, alors qu'elle s'apprête à être démolie.

Les auteurs ont donné au négatif de la photo une conscience et des émotions, et notamment l'angoisse de ne jamais voir la lumière du jour. Tant et si bien que lorsque vient le temps de la destruction, pour la demoiselle en blanc, l'espoir renaît d'être enfin libérée.

Il s'agit d'un œuvre douce et brutale, lumineuse et charbonneuse, et d'une grande sensibilité. Il s'agit, aussi, un peu, d'une expérimentation artistique surréaliste. Rien que pour ça, ouvrez donc La Demoiselle en blanc.

La femme aux cartes postales, de Jean-Paul Eid et Claude Paiement (La Pastèque)

La bande dessinée de Jean-Paul Eid et de son co-scénariste Claude Paiement est un énorme coup de coeur, un trop-plein d'émotions même. Ce genre de BD que l'on aime relire encore et encore.

Les deux auteurs nous emmènent parallèlement sur la Main, à Montréal, à la fin des années 50, lorsque le jazz y était roi, et à Sainte-Émilie-de-Caplan au début des années 2000. C'est ce village de Gaspésie que l'héroïne, Rose, a fui à la fin de son adolescence pour aller faire entendre sa voix dans la métropole et tenter d'y faire carrière. Elle y a retrouvé son ami d'enfance, Roméo, excellent pianiste gaucher rebaptisé Lefty King, et y a fait la connaissance du talentueux trompettiste Art McPhee. Ensemble, ils deviendront incontournables dans les cabarets de Montréal, jusqu'à l'émergence de Robert Charlebois et l'explosion du rock'n'roll. Plutôt que de se raconter dans un carnet intime, Rose s'achète des cartes postales, sur lesquelles elle résume sa vie et ses sentiments, avec fraîcheur et candeur.

À l'image de la série «Paul», de Michel Rabagliati, qui a d'ailleurs failli se retrouver dans la sélection finale de l'ACBD avec Paul dans le Nord, La femme aux cartes postales est un roman graphique riche, passionnant, surprenant, émouvant et grand public.

Quant au dessin, il est absolument superbe, point.

Whitehorse (première partie), de Samuel Cantin (Éditions Pow Pow)

Samuel Cantin est l'un des jeunes auteurs de bande dessinée québécois les plus prometteurs. Sa deuxième BD, Vil et misérable était absurde, déjantée et délirante. Avec Whitehorse, on est ailleurs. La trame narrative est plus classique mais la construction du récit de cette «comédie sentimentale» se nourrit d'une folie «cantinesque» de tous les instants, avec des personnages improbables, hauts en couleur et loufoques.

L'un des points forts de l'oeuvre de Sam Cantin, ce sont les dialogues, très punchés, très oraux, très réalistes! Et heureusement d'ailleurs, car Whitehorse est une BD bavarde, dans laquelle les séquences sont longues, parfois même interminables. Mais ça marche du tonnerre. Et il parvient à faire une oeuvre de son temps.

Un mot sur le scénario: Laura est actrice, belle et convoitée. Henri espère devenir écrivain. Il est cultivé, enflammé, sûr de lui, mais un peu paumé. Ils sont jeunes, amoureux, fougueux. Leur couple pourrait virevolter, mais il bat de l'aile, parce qu'Henri est jaloux. Il rêve d'enfermer sa blonde pour la garder juste pour lui, et a bien du mal à faire en sorte que ce ne soit pas qu'une simple vue de l'esprit.

On connaîtra le lauréat du Prix de la critique ACBD de la bande dessinée québécoise à la fin du mois. Il recevra son trophée de la main de l'auteur Jimmy Beaulieu, le premier récipiendaire, le vendredi 18 novembre au Salon du livre de Montréal.

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