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Nicolas Fréret
Canoë

Les Nombrils: les apparences sont toujours trompeuses

 Les Nombrils : les apparences sont toujours trompeuses

Extrait de Les Nombrils, tome 7: Un bonheur presque parfait.Illustration Dupuis

Nicolas Fréret

Dernière mise à jour: 10-09-2015 | 12h50

Le septième album de la série culte Les Nombrils est réussi. Comme d'habitude. Voilà!

Dans Un bonheur presque parfait, les trois héroïnes, aussi attachantes qu'insupportables, sont aux portes du monde adulte, prêtes à renoncer à leur adolescence, mais pas à leur nombrilisme et à leur immaturité pathologique. Karine se verrait bien chanteuse professionnelle et faire carrière avec son groupe, mais le leader, Albin, qui est aussi son amoureux, a sombré dans la dépression depuis qu’il a appris que son meilleur ami était un tueur en série. Vicky se pavane avec un beau garçon bon chic bon genre plein de fric qui plaît à papa et maman, mais elle a aussi de l’attirance pour la soeur de celui-ci. Quant à Jenny, elle tombe amoureuse en secret d’un «môche», mais se montre avec un bellâtre au corps sculpté et à l’intellect d’une huître.

Tous les ingrédients qui ont mené la série québécoise prépubliée dans le journal Spirou au succès international sont de nouveau malaxés ici par Delaf et Dubuc. Le couple d'auteurs a le coup pour faire monter la mayonnaise, avec ce petit goût citronné juste ce qu’il faut, et une pointe de tabasco pour relever la sauce. La BD se déguste le sourire aux lèvres.

L'une des forces des auteurs est qu'ils ne prennent pas leurs lecteurs, et tout particulièrement les plus jeunes, pour des imbéciles naïfs. Si leurs personnages se distinguent par leur superficialité, c’est loin d’être leur cas. Ils n'édulcorent rien ni ne se censurent. Ils raillent, ironisent, et se moquent avec une féroce tendresse de leurs héroïnes et de ce qui les entoure. Les gags véhiculent un humour de qualité, les punchs sont efficaces et jamais convenus, tandis que les multiples thématiques abordées - quête de soi, culte de l’apparence, hypersexualisation, homosexualité, dépression, alcoolisme, toxicomanie, crises du couple, etc. - s'impreignent du monde tel qu’il est, de l’évolution de ses moeurs et de ses ados.

Après un passage obligé à la Fête de la BD à Bruxelles, Delaf et Dubuc seront de retour en fin de semaine pour le lancement officiel de ce septième album événement, samedi 12 septembre, au Café du Monument-National, à Montréal, sous la forme d’une célébration pour l’anniversaire - Sweet 16 - de Vicky, avec compétition de Cosplay et tout le toutim.

Les Nombrils, tome 7: Un bonheur presque parfait
Delaf & Dubuc
Dupuis

Un dessinateur de presse iranien raconte son calvaire pour devenir réfugié politique

Autre conseil de lecture, un peu opportuniste parce qu’elle fait écho à «la crise des migrants», j’en conviens, le Petit manuel du parfait réfugié politique retrace le parcours sans bon sens du dessinateur de presse iranien Mana Neyestani pour obtenir le statut de réfugié en France après avoir été diabolisé dans son propre pays pour un dessin publié dans une revue pour enfants. Malgré le soutien dont il a bénéficié, il a dû faire preuve d’une patience à toute épreuve et d’un flegme salutaire pour arriver à ses fins dans les méandres de l’administration française. Au travers de cette expérience, c’est le sort de tous ceux qui débarquent dans le «pays des Droits de l’Homme» avec l’espoir d’obtenir l’asile qu’il met en perspective. L’humour dont il use allègrement rend la lecture agréable et distrayante, alors que le sujet est effarant et désolant.

Je tiens quand même à souligner que l’on est assez loin ici de la précédente bande dessinée de Neyestani, Une Métamorphose iranienne, à cheval entre le récit autobiographique et le BD-reportage, qui s'était révélé un bijou du genre. Ce petit manuel n'en demeure pas moins un à-côté digne d’intérêt.

Petit manuel du parfait réfugié politique
Mana Neyestani
Éditions ça et là



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