Chroniques

Chronique Bande dessinée

Nicolas Fréret
Canoë

Trois BD mortelles

Trois BD mortelles

Ces auteurs abordent la mort de trois façons complètement différentes.Illustrations Pow Pow / Glénat

Nicolas Fréret

Deux cousines suceuses de sang, un mort qui s'incruste chez les vivants et un pasteur qui a le diable au corps. Trois bandes dessinées mortelles à lire pendant qu'il est encore temps.

Les Cousines vampires

Frédérique vit seule dans un manoir lugubre. Lassée de s'ennuyer, elle invite sa pétillante cousine à séjourner chez elle, comme autrefois lorsqu'elles étaient enfants. Dès son arrivée, la naïve Camille constate qu'il se passe des choses bizarres dans ce coin de pays. Dans le village d'à côté, la population est terrifiée, sur les dents. On dit même que c'est le diable en personne qui habite le ténébreux château.

Les histoires de vampires sont légion, mais celle-ci a le mérite d'être décalée, drôle et rafraîchissante - même si les proies du village manquent un peu de sang-froid -, subtile même, grâce à la virtuosité d'Alexandre Fontaine Rousseau qui offre à l'impeccable Cathon des dialogues percutants. Une bande dessinée réussie, tout simplement.

Les Cousines vampires
Alexandre FOntaine Rousseau et Cathon
Pow Pow

23 h 72

Jean-Christophe est mort et enterré depuis 9 mois quand il se réveille étourdi dans sa tombe. Ça le perturbe un peu d'ailleurs. Au début, il ère tel un zombie dans le cimetière avant de reprendre sa vie en main. Il retourne d'abord chez sa blonde, qui ne l'a pas attendu pour refaire sa vie. Isa lui explique qu'elle aurait «pu passer par-dessus des petits problèmes de couple comme le siège de la toilette, mais ça, c'est un peu gros», avant de lui claquer la porte au nez, lui balançant en pleine tête que son nouveau chum, lui, au moins, il est fiable, qu'il ne l'a pas abandonnée en mourant. Déçu, et surtout blessé d'avoir si vite été remplacé, il rejoint son meilleur ami, qui lui réserve un accueil bien plus chaleureux.

Je ne savais absolument pas à quoi m'attendre en me lançant dans la lecture de 23 h 72 - je ne lis jamais les communiqués de presse glissés dans les livres par les éditeurs. Ce titre me laissait craindre un humour potache, mais la couverture - un bijou - m'a incité à ne pas trop traîner à lire cette BD.

C'est la couverture qui avait raison. Le coup de cœur a été instantané. Je pourrais reprendre plusieurs des qualificatifs que j'ai utilisés pour vous parler plus haut des «Cousines vampires» (décalée, drôle et rafraîchissante), et j'ajouterai que l'idée, à défaut d'être hyper originale, est super bien exploitée.

Par contre, pour la subtilité, on repassera. Blonk y va avec ses gros sabots. Il met le paquet sur l'absurdité du retour de JC parmi les vivants, et ça fonctionne parfaitement. Le bédéiste nous prouve que si la mort n'est pas drôle en soi, elle a un potentiel comique non négligeable, dont il s'inspire le sourire aux lèvres. Et c'est communicatif.

23 h 72
Blonk
Pow Pow

Promise - L'Homme-Souffrance (tome 2)

La guerre de Sécession tire à sa fin. Dans l'Ouest américain, un petit village isolé et perdu au cœur des Rocheuses voit sa quiétude voler en éclats au moment où débarquent en plein hiver un homme en noir et son chien, prédicateurs de fin des temps et d'horreurs. La population panique devant la folie et la mort qui s'abat sans explication rationnelle et cède au charisme malfaisant du prétendu pasteur. Seule une jeune fille, Rachel, dont le père a disparu et qui semble communiquer avec des esprits amérindiens, refuse de se laisser amadouer et manipuler. Mal lui en prend.

Pour être honnête, j'étais resté sur ma fin après la lecture du Livre des derniers jours, le premier tome de la trilogie. Le décor était planté, mais sans plus. Le mystère était là, mais pas au point de trépigner au moment de refermer la BD. Les personnages de ce récit sombre et fantastique semblaient intéressants mais manquaient de corps, les vivants comme les morts.

Mais il n'en est plus rien. Avec L'Homme-Souffrance, tout s'épaissit. Ce deuxième tome est même très intense du coup. Le machiavélisme s'amplifie, entre la fille-tonnerre, les esprits chamaniques, l'être démoniaque et sa bête maléfique.

Pas le choix maintenant de s'attendre à un final magistral, à l'image du dessin de Mikaël, qui sert à merveille le récit de son atmosphère angoissante et pesante.

Promise - L'Homme-Souffrance (tome 2)
Thierry Lamy et Mikaël
Glénat Québec



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