LE MONDE DES DVDBouleversante Yolande Moreaupar Mediafilm 06-06-2009 | 04h00
Heureusement pour elle, Agnès Varda (Sans toit ni loi), Claude Berri (Germinal) et Yves Angelo (Un air si pur) ont su détecter, au-delà de son talent comique, un large registre de jeu. Ce fut le cas aussi de Jean-Pierre Jeunet, qui l’a mise en scène dans Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain: «Jeunet m’a envoyé le scénario avec un petit mot: 'C’est pour jouer la concierge'. Encore une concierge... Sincèrement, ça m’a énervée. Mais quand j’ai lu le scénario, j’ai trouvé qu’il s’agissait d’un joli projet.»
Portrait d’une saltimbanque et histoire d’amour entre deux esseulés, ce road-movie sur les routes du nord de la France et de la Belgique a conquis tous les coeurs, remporté quelques statuettes (César de la meilleure actrice et de la meilleure première oeuvre de fiction) et donné un nouvel élan à la carrière de cette belle quinquagénaire. Et quel élan! La voilà maintenant au premier plan, dans des rôles à sa mesure, comme Séraphine, pour lequel elle s’est glissée dans la peau de la peintre naïve Séraphine Louis, une contemporaine de Picasso et du Douanier Rousseau.
CÉSARS«On ne serait pas venu me chercher si je n’avais pas tourné Quand la mer monte», raconte l’actrice qui voyait une grande responsabilité dans le fait d’incarner «quelqu’un qui a connu de grandes souffrances et trouvé dans la peinture une forme d’exutoire». Une responsabilité couronnée par quelques Césars, dont à nouveau celui de la meilleure actrice. Pas mal pour une femme qui considère que son travail consiste surtout à «entrer dans le rêve de l’autre».
Séraphine
Une amitié est sur le point de se former entre le collectionneur et l’artiste lorsque la Première Guerre mondiale éclate et force William à rentrer en Allemagne. En espérant son retour, Séraphine peint sans relâche. Bien des années s’écouleront avant leurs retrouvailles et la consécration, dans le monde de l’art, de cette grande artiste naïve connue sous le nom de Séraphine de Senlis.
CE QUE NOUS EN PENSONSLe dramaturge et romancier Martin Provost, dont les deux premiers longs métrages sont inédits au Québec, signe avec ce maîtrisé Séraphine un portrait sensible et intelligent d’une représentante encore méconnue de l’art naïf. Les méthodes inusitées de confection de couleur imaginées par cette femme ne laissent pas d’impressionner, de même que son exigeant rituel de création en vase clos, recréé avec soin devant une caméra attentive et pudique. Cependant, des délires mystiques à répétition auront eu raison d’un destin artistique exceptionnel, ce que le dénouement crève-coeur illustre avec force. La mise en scène précise offre une vibrante reconstitution du début du XXe siècle. Habitée par son personnage, Yolande Moreau livre une performance qui force l’admiration. |