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Le monde des DVD - L'enfance, l'innocence et le cinéma
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Léolo

LE MONDE DES DVD

L'enfance, l'innocence et le cinéma

Mediafilm
16-05-2009 | 04h00
On ne compte plus les longs métrages dans lesquels les enfants posent un regard souvent curieux, parfois horrifié, sur le monde des adultes. Les Jeux interdits, La Guerre à sept ans, Papa est en voyage d’affaires, Leolo... Pas facile, dans ce contexte, de se distinguer.

Philippe Falardeau y est parvenu avec C’est pas moi je le jure!, son troisième film, paru en DVD cette semaine.

Grave et espiègle à la fois, cette oeuvre inspirée de deux romans de Bruno Hébert nous fait redescendre à hauteur de l’enfance, sans condescendance aucune de la part du cinéaste.

Celui-ci y raconte l’éclatement d’une famille de classe moyenne, dans le Québec de la Révolution tranquille, à travers les yeux de Léon (Antoine L’Écuyer), un enfant hypersensible qui, bouleversé par le départ brutal de sa mère pour la Grèce, manipule son entourage et fait les 400 coups.

«Il est l’anti-Aurore», déclarait Philippe Falardeau au moment de la sortie de son film, l’automne dernier. «À l’opposé des enfants martyrs, Léon agit au lieu de subir, crée son propre malheur, se responsabilise.»

S’il est plus proche de Zazie dans le métro que des Bons Débarras, C’est pas moi je le jure! rappelle surtout Ma vie de chien, de Lasse Hallström, dans lequel le sort de la chienne Laïka, envoyée en cobaye dans l’espace, servait de leitmotiv dans l’histoire d’un garçon de la ville envoyé chez son oncle à la campagne alors que sa mère se meurt.

TOP 3
LA VIE VUE PAR LES ENFANTS

1. Ma vie de chien, de Lasse Hallström

2. Le Grand Chemin, de Jean-Loup Hubert

3. Les Jeux interdits, de René Clément

«La dimension onirique de ce film m’a touché», raconte celui qui s’en est beaucoup inspiré au cours de la création de C’est pas moi, je le jure! «Dans mon film, c’est la Grèce, une Grèce imaginée par Léon, qui tient lieu de fil conducteur», précise-t-il.

Rappelons-nous l’hypocrisie dont était témoin le petit héros de Fanny et Alexandre d’Ingmar Bergman. Ou la misère et la mort que refusait de voir en face le fils d’officier nazi de The Boy in the Striped Pajamas.

LE PASSAGE

Les enfants sont très souvent au cinéma l’incarnation de l’innocence, que la découverte du monde des adultes vient irrémédiablement briser.

C’est justement ce passage, entre l’innocence et la connaissance, qui fascine tant les cinéastes. Parce qu’elle est visuellement très inspirante, et qu’elle rappelle un passage dont tous les spectateurs se souviennent.

Ironiquement, il faut, pour que la magie opère, mettre l’enfant-acteur dans le coup, lui faire jouer une candeur qui est encore en lui, mais qui se sera forcément altérée durant l’apprentissage du rôle. Parlez-en à Philippe Faladeau.

«Les enfants, dit-il, comprennent ce que vivent les personnages. On peut tout leur expliquer. C’est faux de dire qu’on ne peut pas parler psychologie avec des enfants.»

C’est pas moi, je le jure!

L’année 1968 marque un tournant dans la vie du petit Léon Doré, dix ans. Sa fausse tentative de suicide, par pendaison, passe à un doigt de réussir. Peu après, sa mère neurasthénique, qui étouffe auprès de son mari, part s’établir en Grèce, laissant leurs deux fils à ses soins.

Tandis que son frère aîné cultive sa rancoeur, Léon pille et met sens dessus dessous la maison des voisins partis en vacances, manigance, tourne son père et tous les autres en bourrique. À l’exception de Léa, la jeune voisine qui voit clair dans son jeu et qui, ayant elle-même des comptes à régler avec le destin, va aider Léon à voler de l’argent afin qu’il puisse s’acheter un billet d’avion pour la Grèce.

CE QUE NOUS EN PENSONS

Ce film de Philippe Falardeau tire sa sève, non pas d’un seul, mais de deux romans autobiographiques de Bruno Hébert.

Ce qui pourrait expliquer que le film, dont le foyer dramatique apparaît d’entrée de jeu bien défini, avance ensuite en zigzags, suivant un arc plus ou moins bien défini, avec plusieurs options de dénouement en cours de route.

C’est là le principal bémol à apporter à cette méditation émouvante et drôle sur le thème de la famille éclatée. Celle-ci se distingue par la qualité de sa mise en scène, jamais poreuse, toujours ferme et inventive, et la belle sobriété de sa direction artistique, qui évite le piège de la nostalgie.

À cet égard, la partition de l’auteur- compositeur Patrick Watson chevauche les époques et apporte une couleur mélancolique parfaitement adaptée aux états d’âme de Léon, campé avec un naturel sidérant part le petit Antoine L’Écuyer.

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