MICKEY ROURKELa renaissance d'une star déchuepar Mediafilm 25-04-2009 | 04h00
Rappelons que ce comédien fort doué avait mal réagi au succès et à la célébrité. Des choix de rôles mal avisés et des aspirations de boxeur insensées l’avaient renvoyé d’où il venait: dans l’obscurité. La chute a été dure, le purgatoire, pénible. Si bien qu’on a du mal à reconnaître, dans le colosse usé aux mèches blondes du Lutteur, rôle qui a failli lui faire gagner l’oscar du meilleur acteur (remporté par Sean Penn), le playboy qui, dans les années 1980, avait tout Hollywood sous sa botte.
UNE RÉPUTATIONAu sujet de l’audition de Rourke à la prestigieuse école de l’Actors Studio, le grand cinéaste Elia Kazan avait déclaré qu’elle était la meilleure qu’il avait vue depuis trente ans. Il n’en fallut pas plus pour que le jeune acteur se fasse qualifier de «Nouveau Brando», Kazan ayant immortalisé l’original dans Un tramway nommé désir et Sur les quais.
La seconde moitié des années 1980 s’avère particulièrement féconde pour Rourke. En 1985, il tient la vedette de L’Année du dragon, de Michael Cimino, adaptation hautement médiatisée d’un best-seller du moment. Le public, qui n’a pas encore accroché, se prononce un an plus tard: malgré des critiques assassines, Neuf semaines et demie, d’Adrian Lyne, casse la baraque et fait de Mickey Rourke un sex-symbol. 1987 constitue une année dorée pour l’acteur, qui, entre autres rôles, joue l’alter ego de Charles Bukowski dans le puissant Barfly, de Barbet Schroeder, ainsi qu’un détective tenté par le diable dans le formidable Aux portes de l’enfer, d’Alan Parker. Mais ce dernier se plaint amèrement, et publiquement, des caprices de celui qu’il qualifie de «cauchemar». Le rêve a déjà commencé à se briser pour Mickey Rourke et, au cours des années suivantes, il se brouille avec l’un et l’autre, refuse des rôles dans Le Silence des agneaux et Fiction pulpeuse et n’apparaît plus que dans des séries B et... les rubriques de faits divers. Grâce au Lutteur, il vient d’obtenir, à 56 ans, une deuxième chance. Saura-t-il la saisir?
Le Lutteur (The Wrestler)
Sur les conseils de Pam, une strip-teaseuse qui résiste à sa cour empressée, il reprend contact avec sa fille Stephanie, hostile à l’idée de retrouver cet homme qui l’a abandonnée en bas âge. Désabusé après que Pam lui eut fait comprendre qu’ils n’ont aucun avenir ensemble, Randy décide de remonter sur le ring.
CE QUE NOUS EN PENSONSDans un style âpre et avec un réalisme saisissant, Le Lutteur décrit le parcours erratique d’un lutteur professionnel trouvant dans le ring sa dernière planche de salut. Récipiendaire du Lion d’or à Venise, le film scelle surtout l’alliance gagnante entre Darren Aronofsky et Mickey Rourke. Visiblement inspiré par le corps et l’âme ravagés de la star déchue, Aronofski filme Rourke comme s’il s’agissait d’un personnage de documentaire, le gardant toujours sous sa loupe, dans une proximité impudique. À ce regard jamais complaisant s’ajoutent des observations pertinentes sur l’univers de la lutte La performance exceptionnelle de l’acteur mérite un véritable concert de louanges. |