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La pression monte pour inculper Harvey Weinstein

La pression monte pour inculper Harvey Weinstein

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Bientôt six mois que l'affaire Weinstein a éclaté, et le producteur de cinéma, accusé d'abus sexuels par une centaine de femmes, n'a pas été inculpé: la pression monte sur le procureur de Manhattan, accusé de reculer devant une bataille judiciaire difficile.

Pressé par le mouvement «Time's Up», né dans le sillage du #MeToo pour aider les victimes de harcèlement ou d'agressions sexuelles au travail, le procureur de l'État de New York a annoncé lundi qu'il allait mener «un examen complet, juste et indépendant» des raisons pour lesquelles le procureur de Manhattan, Cyrus Vance, n'avait jusqu'ici pas inculpé le producteur oscarisé.

Depuis la publication en octobre des premières révélations sur Harvey Weinstein, l'ancien magnat d'Hollywood a été déchu de toute fonction officielle.

De nombreuses actions ont été intentées contre lui au civil qui pourraient le ruiner. Des enquêtes criminelles ont été lancées à New York, Los Angeles et Londres.

Par ailleurs, le studio de cinéma qu'il a fondé avec son frère Bob a déposé formellement son bilan lundi, et annoncé dans un communiqué mettre fin aux accords de confidentialité qui imposaient le silence aux victimes et aux témoins des abus sexuels du producteur.

Mais l'ancien faiseur de stars, 66 ans, qui n'a pas été vu en public depuis octobre, n'est sous le coup d'aucune inculpation, et suivrait un traitement pour les addictions sexuelles dans une clinique de l'Arizona.

Time's Up, dont la requête a été relayée sur Twitter par des célébrités comme Ashley Judd, Reese Witherspoon ou Jessica Chastain, a donc réclamé une enquête pour vérifier l'«intégrité» du procureur chargé de l'affaire.

Time's Up a cité le cas de l'agression présumée sur la mannequin italienne Ambra Battilana, qui n'a donné lieu à aucune poursuite du procureur de Manhattan en 2015, alors que la police était en possession d'un enregistrement compromettant.

Time's Up s'est dit aussi «troublé» par de récentes informations selon lesquelles le procureur Vance pourrait être influencé par Harvey Weinstein et ses avocats, dont l'un au moins a travaillé pour Cyrus Vance par le passé.

- Enquêteurs 'méticuleux' -Cette idée «est démentie par notre travail au quotidien et nos précédents succès dans la défense des victimes d'agressions sexuelles», a répliqué un porte-parole du procureur, Danny Frost.

Ce dernier s'est dit «confiant que tout examen confirmera que notre bureau a mené l'enquête sans crainte ni traitement de faveur», mais n'a rien précisé sur ses chances d'aboutir.

Le bureau du procureur et la police new-yorkaise ont également assuré dans un communiqué commun travailler main dans la main dans cette affaire.

A Los Angeles, la police (LAPD), interrogée par l'AFP, n'a pour sa part fait aucun commentaire sur l'avancement de leurs propres enquêtes, et le bureau du procureur s'est contenté de dire que les trois dossiers transmis à ses équipes étaient toujours à l'étude.

Le capitaine du LAPD Billy Hayes avait déclaré le mois dernier que ses enquêteurs prenaient leur temps et se voulaient avant tout «méticuleux».

D'après des sources policières citées par le Los Angeles Times, les enquêteurs de Los Angeles considèrent leurs éléments de preuve prometteurs, car l'une des accusatrices de Weinstein a raconté son agression à trois personnes au moment des faits.

L'enquête à Los Angeles se focalise sur une actrice italienne de 38 ans anonyme qui, d'après le Los Angeles Times, a fait aux enquêteurs un récit extrêmement précis de la manière dont Weinstein s'était introduit de force dans sa chambre d'hôtel en 2013 et l'y avait attaquée.

- 'Vindicte populaire' -Michael Weinstein (sans relation avec Harvey), avocat new-yorkais et ex-procureur fédéral, a indiqué à l'AFP être lui aussi «surpris que rien ne se soit encore passé».

Mais il a jugé «possible» que le procureur estime ne pas avoir de preuves suffisantes pour l'instant. D'autant que Cyrus Vance a en face de lui l'un des meilleurs avocats du barreau new-yorkais, Benjamin Brafman.

Ce dernier a obtenu l'abandon des poursuites contre l'ex-directeur du FMI Dominique Strauss-Kahn dans l'affaire du Sofitel en 2011, un abandon qui avait déjà valu à l'époque à Vance une pluie de critiques.

Même si les procureurs locaux américains sont des élus,« le procureur n'est pas là pour satisfaire la vindicte populaire», explique l'avocat. «Il doit être indépendant et évaluer les preuves en rapport avec des articles de loi, et déclarer si un crime a été commis».

Plusieurs avocats soulignent aussi que même si Weinstein finissait par être inculpé, l'issue d'un éventuel procès serait très incertaine.

De Dominique Strauss-Kahn à Michael Jackson, en passant par Roman Polanski et Bill Cosby, les condamnations dans ce genre d'affaires sont notoirement difficiles à obtenir.



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