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Le producteur Weinstein licencié, questions sur l'omerta à Hollywood

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New York | Accusé de harcèlement sexuel, le producteur Harvey Weinstein a été licencié dimanche par sa propre maison de production, mais beaucoup se demandent aujourd'hui comment ce qui était un secret de polichinelle a pu être préservé durant de longues années.

The Weinstein Company, la société de production cofondée en 2005 par Harvey Weinstein, a annoncé que les quatre membres du conseil d'administration s'étaient déterminés « à la lumière de nouvelles informations qui ont éclaté ses derniers jours sur la mauvaise conduite de Harvey Weinstein », selon un communiqué.

La chaîne câblée Paramount Network a aussi fait savoir lundi que son nom n'apparaîtrait plus comme producteur exécutif de plusieurs projets de la chaîne, selon le magazine du cinéma Variety.

Le licenciement de Harvey Weinstein, l'un des producteurs les plus puissants d'Hollywood, intervient trois jours après la publication dans le New York Times d'une enquête révélant une série d'accusations de harcèlement sexuel à son encontre.

Le producteur est accusé par plusieurs femmes, dont les actrices vedettes Ashley Judd et Rose McGowan d'avoir tenté de les masser, de les avoir forcées à le regarder nu ou d'avoir promis de favoriser leur carrière contre des faveurs sexuelles.

Il avait présenté jeudi ses excuses et déclaré se mettre en « congé » de sa société de production.

Harvey Weinstein, qui a contribué de façon importante à des collectes de fonds pour des candidats démocrates, avait soutenu Hillary Clinton lors de la campagne présidentielle. Sur les réseaux sociaux, des internautes ont d'ailleurs souligné l'absence de réaction publique de l'ancienne candidate démocrate.

Ce scandale n'est par conséquent pas pour déplaire aux Républicains. Le président Donald Trump, qui a indiqué connaître Weinstein «depuis très longtemps», a déclaré ne «pas être du tout» surpris par ces révélations.

Dans un communiqué, Harvey Weinstein a déclaré respecter toutes les femmes, plaidant pour une seconde chance, tout en admettant qu'il «avait beaucoup à faire pour le mériter».

«Les femmes qui ont choisi de parler sur le harcèlement sexuel qu'elles ont vécu avec Harvey Weinstein méritent notre admiration. Ce n'est ni drôle, ni facile. C'est courageux», a déclaré pour sa part l'actrice Lena Dunham, féministe déclarée.

Cofondateur, des maisons de production Miramax (1979) et de The Weinstein Company, Harvey Weinstein peut se targuer de pas moins de 81 Oscars avec son frère Bob, l'autre cofondateur des deux sociétés.

Qui savait?

Depuis les révélations du New York Times, beaucoup dénoncent publiquement l'omerta qui aurait régné durant plusieurs décennies autour du comportement d'Harvey Weinstein, largement connu à Hollywood.

«Nous lisions les récits sur son humeur et sa volatilité, mais nous avions aussi entendu des histoires selon lesquelles il était, pour être clair, dégoûtant: le genre de type qui promet de faire de quelqu'un une vedette en échange de sexe, et utilisait son pouvoir dans l'industrie pour s'assurer que personne n'en parlerait», a écrit la journaliste de BuzzFeed Anne Helen Petersen.

«Tout le monde ne savait pas», a tempéré l'actrice Meryl Streep dans un message publié sur le site du Huffingont Post. «Je ne savais pas».

«Je ne pense pas que tous les journalistes d'investigation dans le monde du spectacle et des médias d'information auraient négligé d'en parler», a estimé l'actrice aux trois Oscars.

Une autre actrice oscarisée, la Britannique Judi Dench, qui a attribué une grande part de son succès à Weinstein, jusqu'à montrer un jour un faux tatouage avec ses initiales sur les fesses, a aussi indiqué n'avoir rien su, tout en se déclarant «horrifiée».

L'actrice Glenn Close a elle néanmoins dit ressentir « colère et tristesse sombre», après avoir entendu «pendant des années des rumeurs vagues de comportement inapproprié» de Weinstein, même si elle n'en a jamais fait les frais.

Sharon Waxman, créatrice du site spécialisé dans le show-business The Wrap, a assuré avoir recueilli, dès 2004 et alors qu'elle était journaliste au New York Times, le témoignage d'une femme qui avait conclu avec Harvey Weinstein un accord confidentiel après avoir été agressée sexuellement.

Elle affirme avoir fait l'objet de pressions et laisse entendre que la direction éditoriale du quotidien aurait cédé à Harvey Weinstein, au courant de ces investigations, en ne publiant pas ces informations.

Interrogé par l'AFP, le New York Times a rappelé avoir été le premier à publier une enquête de fond sur Harvey Weinstein et le harcèlement sexuel.

«Personne aujourd'hui au Times n'a souvenir de décisions éditoriales prises concernant cette histoire», a ajouté le quotidien dans une déclaration écrite. «Mais en général, la seule raison pour laquelle un article ou une information ne serait pas diffusée tiendrait au fait qu'elle ne respecte pas les standards de publication.»

«Ce qu'a fait Harvey Weinstein était horrible, un abus de pouvoir écoeurant. J'espère que nous assistons aujourd'hui au début de la fin de ces abus», a tweeté l'acteur Mark Ruffalo.



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