Ariane Labrèche
Agence QMI

Le film «Le Jardinier»: cultiver la beauté

Le film «Le Jardinier»: cultiver la beauté

Sébastien ChabotPhoto Ariane Labrèche / 24 heures

Ariane Labrèche

Pour son premier long métrage, le réalisateur Sébastien Chabot fait une incursion dans le Jardin aux Quatre-Vents, l'œuvre d'une vie de l'horticulteur Francis Cabot. Véritable testament visuel à l'esthétisme de ce jardin anglais unique, «Le Jardinier» nous offre de plonger quelques instants dans l'essence même de la beauté.

«Êtes-vous botaniste?» La méprise d'une mère de famille qui a ainsi accosté le réalisateur Sébastien Chabot au Jardin botanique n'était pas surprenante: le cinéaste était occupé à admirer et commenter les magnifiques bonzaïs du jardin japonais, aussi à l'aise dans ce domaine que l'aurait été un véritable scientifique.

Déambuler dans les allées du Jardin botanique en sa compagnie équivaut à une véritable visite guidée. Le réalisateur observe les cycadées sous toutes ses coutures, souligne la finesse du tapis feuillu qui court sous les grands cactus et s'émerveille à la vue des papillons irisés qui virevoltent autour de lui.

«J'ai toujours aimé les jardins. Quand j'avais sept ou huit ans, je construisais des jardins japonais avec ma sœur dans ma cour arrière. C'est vraiment bizarre, je ne sais pas d'où ça vient», lance en riant celui qui a auparavant réalisé des téléréalités de rénovation, comme «Ma Maison Rona».

Il est facile de concevoir l'éblouissement qu'a ressenti Sébastien Chabot lorsqu'il a mis les pieds dans le Jardin de Quatre-Vents, véritable joyau niché dans les vallons de La Malbaie. Ce somptueux jardin de tradition anglaise a été aménagé dès 1972 par l'horticulteur Francis Cabot, issu d'une grande famille américaine installée dans Charlevoix depuis cinq générations.

Le domaine ouvre ses portes aux visiteurs quatre fois par an.

Au crépuscule de sa vie, se sachant atteint d'une maladie incurable, ce grand jardinier décédé en 2011 a finalement accepté que la caméra du réalisateur capte des images de son domaine. «Francis Cabot avait toujours refusé les demandes de film et était resté très discret sur sa vie personnelle», note Sébastien Chabot.

À travers ce legs cinématographique, Francis Cabot a voulu transmettre les trois éléments qui lui étaient le plus chers : la sensorialité de son jardin, l'émotion qu'il réussit à provoquer et l'effet de surprise que l'on ressent en visitant les Quatre-Vents.

«Après plusieurs jours d'entrevue, il a aussi révélé pourquoi il avait fait ce jardin: après plusieurs revers financiers, il voulait prouver qu'il pouvait faire quelque chose de bien. S'en est suivi une véritable quête de la perfection, qui s'est poursuivie jusqu'à sa mort», explique le réalisateur.

Le labyrinthe de Pan

C'est donc une véritable aventure qui attend les visiteurs de ce singulier jardin. Suivant les principes classiques de l'horticulture à l'anglaise, le Jardin de Quatre-Vents est séparé en différents compartiments, tous différents les uns des autres.

«On se sent vraiment comme dans Alice au Pays des Merveilles. Quand il était assez en forme, M. Cabot demandait aux gens de dire "Sésame, ouvre-toi." On avait toujours l'impression que le chapelier fou allait nous attendre au détour d'une allée», se remémore en souriant Sébastien Chabot.

Cet enchantement se réverbère à travers chaque plan du film, au rythme volontairement ralenti. Véritable pied de nez à tous ceux qui ont refusé de financer son projet, «parce que faire un film sur les jardins, ça semblait être juste pour les personnes âgées», «Le Jardinier» réussit à nous happer dans l'univers si singulier de Francis Cabot.

«Le jardinage amène une sensibilité à la beauté, ça calme et ça remet les valeurs à la bonne place. Je n'ai pas de BMW, mais j'achète des tulipes en fou et ça me rend beaucoup plus heureux, souligne Sébastien Chabot. La beauté, ça fait du bien et il faut qu'elle soit accessible à tous. Si on ne la réserve qu'aux riches, elle ne sert plus à personne.»

Raison de plus pour aller voir «Le Jardinier», qui prendra l'affiche le 17 mars.



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