Sophie Laubie et Guillaume Klein
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Berlinale: Hédi, première production arabe en lice en 20 ans

Berlinale: Hédi , première production arabe en lice en 20 ans

De gauche à droite: les acteurs Sabah Bouzouita, Majjd Mastoura et Rym Ben Messaoud, le réalisateur Mohammed Ben Attia et le producteur Dora Bouchoucha.Photo Tobias Schwartz / AFP

Sophie Laubie et Guillaume Klein

Première production arabe en compétition à la Berlinale depuis 20 ans, le long métrage tunisien Hédi de Mohamed Ben Attia en forme d'histoire d'amour ayant pour cadre la révolution de 2010-2011, a lancé officiellement vendredi la course à l'Ours d'or.

Dix-huit films sont en compétition pour cette récompense suprême, qui sera décernée le 20 février par un jury présidé par l'actrice américaine aux trois Oscars Meryl Streep.

Il faut remonter à 1996 avec Un été à la Goulette de Ferid Boughedir - autre réalisateur tunisien - pour retrouver en compétition une production arabe et se déroulant dans le monde arabe, si l'on fait exception de Aux portes du paradis d'Hany Abu Assad, film d'un réalisateur palestinien mais à la production franco-néerlando-allemande.

Le film, coproduit par les frères Dardenne, raconte l'histoire d'un jeune homme, Hédi, 25 ans, interprété par Majd Mastoura, commercial chez Peugeot à la vie sans surprises. Il est sur le point de se marier avec une femme qu'il connaît peu, suivant le chemin tracé pour lui par sa mère, avant de faire connaissance d'une jeune femme, Rim (Rim Ben Messaoud), animatrice dans un hôtel.

Intrigué par son insouciance et sa liberté, il se laisser entraîner dans une relation amoureuse passionnelle avec elle, qui va remettre en question toutes ses certitudes. Au-delà, pour le metteur en scène, l'histoire trouve un écho direct avec la révolution dans son pays, qui a abouti au départ du président Ben Ali.

«Le point de départ est une histoire d'amour», mais «le film parle aussi de la révolution», de «révolution politique et personnelle», a souligné lors d'une conférence de presse à Berlin Mohamed Ben Attia, bientôt 40 ans, dont c'est le premier film.

«Il y a tout le long du film un parallèle» entre la découverte personnelle du personnage et la révolution, a-t-il ajouté, soulignant que «nous aussi depuis la révolution il y a eu principalement la découverte de ce que nous sommes». «C'est à travers la découverte de soi que l'émancipation se fait».

«Ce qu'on a vécu nous a bouleversé à tous les niveaux», explique Mohamed Ben Attia, pour qui «il est presque inévitable» que les films arabes parlent aujourd'hui des soubresauts que ces pays ont connu avec le «Printemps arabe».

Avec Hédi, le réalisateur entre dans la cours des grands après cinq courts-métrages et un parcours atypique. Avant de se lancer dans le cinéma au début des années 2000, Mohamed Ben Attia vivait en effet une autre vie, comme commercial dans le secteur automobile.

«Ce n'est pas que je manque d'ambition, mais jamais je n'aurais imaginé être à Berlin. On a tous été surpris», a confié Mohamed Ben Attia dans un entretien à l'AFP à Tunis réalisé avant de venir à la Berlinale.

Hédi est à l'origine «un personnage sans histoire», souligne Mohamed Ben Atia. «Il se découvre à travers une histoire d'amour, et se détache de toutes les conventions», explique Mohamed Ben Attia, qui dit avoir vécu cet «élément déclencheur», le 14 janvier 2011, alors qu'il se trouvait dans la foule qui a poussé à la fuite le dictateur Zine el Abidine Ben Ali.

Après À peine j'ouvre les yeux de Leyla Bouzid, sorti en décembre en France, qui dressait le portrait d'une jeunesse tunisienne éprise de rock et de liberté avant la révolution de 2010, Hédi aborde aussi une question qui taraude une jeunesse tunisienne en mal d'avenir après la révolution: partir ou rester.

Quand Rim perd son travail avec la crise du secteur touristique, conséquence de l'instabilité post-révolutionnaire, le couple songe à partir.

La question «de partir, elle ne s'est jamais posée pour moi et j'espère qu'elle ne se posera jamais», souligne le réalisateur, qui dit «y croire encore» après les soubresauts qu'a connu son pays. Il se félicite que «le cinéma tunisien bouge». «On voit des films qui se détachent, qui plaisent à l'étranger mais aussi ici. J'espère que cette belle énergie va continuer», dit-il.

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