Isabelle Hontebeyrie
Agence QMI

Le film Twilight: Révélation est-il antiféministe?

Controverse - Le film Twilight: Révélation est-il antiféministe?

Isabelle Hontebeyrie

Dernière mise à jour: 07-11-2011 | 16h49

LOS ANGELES — Une jeune femme de 18 ans qui, sitôt sortie de l’école secondaire, se marie. Un époux qui, non seulement lui laisse des bleus après la nuit de noces, mais tente de la convaincre d’avorter après une grossesse accidentelle. Où sommes-nous dont?

Ni dans l’Angleterre victorienne ni même en Arabie Saoudite, mais dans le scénario du film La saga Twilight: Révélation — Partie 1, qui sort au cinéma le 18 novembre.

En quatre ans, les longs métrages adaptés des romans de Twilight ont amassé 1,8 milliard $ au box-office international. Des lectrices et des cinéphiles de tous les pays tombent en pâmoison devant Robert Pattinson, l’interprète d’Edward Cullen, et prennent pour modèle Kristen Stewart alias Bella Swan.

En cette époque où une femme peut devenir astronaute, où le droit de vote, celui à la contraception et à l’avortement ne sauraient être remis en cause, pourquoi des millions d’admiratrices rêvent-elles de ressembler à une adolescente dont le grand objectif dans la vie est de se marier et d’avoir des enfants?

Lors du «junket» du long métrage, qui s’est tenu le week-end dernier à Los Angeles, Stephenie Meyer, l’auteure de confession mormone, a défendu ainsi ces thèmes «rétrogrades».

«Je ne pense jamais au côté politique et social de la chose, a-t-elle dit. J’écris une histoire qui me plaît. Je ne vous dirai jamais que Révélation n’est pas étrange, parce qu’il l’est, mais ces sujets sont ceux que j’ai explorés alors que je me demandais ce que signifiait le fait d’être une femme et une mère. C’est une grande partie de ma vie. Ce que vit Bella doit lui être arrivé à un très jeune âge, sinon les dates ne fonctionnent plus.»

«De plus, j’ai toujours été fascinée par le fait qu’il y a 100 ans, quand une femme avait un enfant, elle risquait de mourir. Il y a un courage dans cette décision qui me captive. Qui est cette femme qui va ainsi risquer sa vie? Pour moi, elle est comme un soldat et ce n’est pas du tout quelque chose que j’ai vécu. C’est d’ailleurs ce que j’aime faire [quand j’écris]: explorer des situations que je ne vis pas. L’histoire de Bella est d’abord une situation personnelle, pas du tout un exemple de la manière dont je crois qu’on devrait mener son existence. Rien d’autre.»

Femme forte ou victime?

Kristen Stewart, qui confiait ressembler énormément à ce personnage d’une autre ère, est allée plus loin. La jeune femme de 21 ans, qui est actuellement en plein tournage de Snow White and the Huntsman, une version modernisée de l’histoire de Blanche-Neige réalisée par Rupert Sanders, dans laquelle la princesse lève des armées, n’a pas hésité à établir un parallèle entre les deux héroïnes.

«Blanche-Neige et Bella sont toutes deux, de manière totalement différente, des matriarches, a-t-elle soutenu. De très fortes matriarches.»

Les images de Bella Swan, vierge de 18 ans, à peine sortie de l’école secondaire et nerveuse devant le lit conjugal, puis future mère prête à mourir pour réaliser son rêve d’avoir un enfant demeurent en tête après le visionnement, provocant de nombreuses questions.

Bella, une victime?

Qui de mieux que Melissa Rosenberg, scénariste de tous les longs métrages de la saga Twilight, pour détailler ce personnage devenu iconique et expliquer en quoi les décisions de Bella peuvent rejoindre un aussi vaste public?

«C’est très intéressant, a-t-elle dit à l’Agence QMI. Je n’avais jamais envisagé Bella comme une victime, comme une personne qui se sacrifie, ni même comme quelqu’un d’altruiste. Elle est une femme extrêmement déterminée. Je l’ai toujours vue comme une femme qui veut quelque chose: elle veut Edward, elle veut devenir une vampire et elle veut ce bébé. Elle ne reculera devant rien pour obtenir ça, même si elle doit renoncer — dans le cas de la grossesse — à la vie. Elle prend ses décisions sans tenir compte des avis des gens autour d’elle. Regardez Edward, il est furieux de ne pas avoir voix au chapitre dans le cas du bébé.»

«Vous savez, le sacrifice, ce n’est pas mon truc», a-t-elle ajouté avec un immense sourire.

Car Edward (Robert Pattinson) ne peut supporter l’idée que Bella (Kristen Stewart) meure en mettant au monde un enfant qui risque d’être un démon, puisque né d’un père vampire. Le réalisateur Bill Condon prend d’ailleurs grand soin de montrer – au moyen d’effets spéciaux redoutablement bien faits – une Bella exsangue, se vidant de ses forces pour mener à terme sa grossesse.

Et l’avortement, sujet hautement controversé aux États-Unis, est désormais lancé. «Je suis résolument pro-choix et je suis une féministe convaincue, a déclaré sans ambages Melissa Rosenberg. Je n’aurais jamais accepté la rédaction de ce volet si j’avais dû aller à l’encontre de mes principes. Je n’ai pas d’enfant et la chose que j’ai dû apprendre au cours de l’écriture du scénario est que le fait d’avoir un enfant est un choix, quelque chose que je n’avais jamais réalisé avant. Car nous nous battons pour la liberté de choix, quel qu’il soit.»

Mais elle avouait, à mots couverts, que Stephenie Meyer ne partageait pas cette vision. «Le roman n’est pas pro-choix, Stephenie a un avis différent. Non seulement fallait-il que je ne viole pas mes principes, mais que je ne viole pas les siens. Dans le roman, Bella n’a pas le choix, mais dans le film, si. Sa décision de garder le bébé est prise en toute conscience. D’ailleurs, Twilight n’est pas la tribune pour un débat sur l’avortement.»

Et, fidèle à ses principes, laissant à chacun la possibilité d’y voir ce qu’il veut, Melissa Rosenberg a conclu: «Le personnage de Bella peut être interprété de bien des manières...»



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