Michelle Coudé-Lord
Journal de Montréal

«C'était mon premier coming out»

Yves Jacques - «C'était mon premier coming out»

Michelle Coudé-Lord

Dernière mise à jour: 18-02-2011 | 12h03

Jouer ce professeur d’université homosexuel atteint du sida fut un véritable cadeau de carrière et de vie pour l’acteur Yves Jacques. «C’est sur ce plateau avec Denys que j’ai appris mon métier et que j’ai assumé également l’homosexuel que je suis. C’était mon premier coming out» dit-il en entrevue au Journal de Montréal.

Un rôle qui lui aura également ouvert les portes de la France. «Le tapis rouge même. Car après le succès du déclin qui avait reçu une nomination aux Oscars, un coup de téléphone suffisait et les agents voulaient me voir, car j’étais un des acteurs du fameux Déclin de l’empire américain», raconte fièrement Yves Jacques, très touché par cet hommage qui lui permettra de revoir toute sa belle gang mardi prochain.

Et il se serait battu très fort pour ce rôlelà. «Rémy Girard et moi qui jouions tous les deux au théâtre à Québec étions les deux as dans la petite poche de Denys Arcand. À l’audition, je lui ai dit: «moi Denys je suis homosexuel et j’aimerais jouer ce personnage». Il me trouvait jeune, mais tenait aussi à ce que ce soit moi. Il m’a donné alors la biographie d’Yves Navarre, un homme qui a eu un grand questionnement au début de la quarantaine. Le premier jour du tournage, je n’y croyais pas encore tellement j’étais énervé. On venait de me maquiller et je me souviens, je suis allé voir Denys pour lui dire encore à quel point je voulais le faire, de peur qu’on me l’enlève encore. C’est incroyable tout de même», raconte en riant Yves Jacques.

ACTEUR CONFIRMÉ

Il dira alors que c’est définitivement ce rôle dans Le déclin de l’empire américain qui l’aura confirmé comme «acteur mature.» «L’année 1986 fut définitivement l’année qui m’aura mis au monde comme acteur, car c’est l’année de mes 30 ans, l’année de mon premier Bye Bye avec Dominique Michel et l’année du Déclin de l’empire américain. À partir de là, on m’a vraiment considéré comme un vrai acteur. Et avec Denys, j’ai eu ma leçon de cinéma.»

Il salue encore l’audace du scénario de Denys Arcand. «Les propos étaient audacieux dans leur forme et le fond. Ce n’est pas pour rien que le premier titre du film était Conversations scabreuses, mais René Malo a trouvé le titre Le déclin de l’empire américain

LA CONFIANCE DE DENYS ARCAND

Et ça veut dire quoi tourner avec Denys Arcand? «Tout se fait dans le calme. Je crois que Denys garde toute sa nervosité en lui. C’est un homme intelligent. Mon plus grand défi était de faire disparaître ma juvénivilité, car j’avais 29 ans. Mais avec Denys je savais que j’allais réussir. Quelle confiance il m’a donnée ! Tout était possible après ce tournage pour moi», assure Yves Jacques.

Depuis il poursuit une carrière sur deux continents. Il accumule des projets en France et tournera en juin le prochain Astérix dans lequel il jouera le psychiatre de Jules César, personnage interprété par Fabrice Luchini, et continue de faire le tour du monde en présentant les pièces de Robert Lepage La face cachée de la lune et Le Projet Andersen.

«Je joue au cours des prochaines semaines à Boston, en Caroline du Nord et à Vienne les deux pièces. Comme m’avait prédit le père d’Alain Zouvi, garde-toi toujours ta valise prête au bord de la porte toi sinon tu vas manquer ta carrière. J’ai suivi son conseil… et depuis je fais le tour du monde. Le Déclin de l’empire américain m’aura donné beaucoup. Je remercie encore Denys Arcand pour la confiance», conclut avec respect l’unique Yves Jacques.



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