L'envers de la pilule

Effets secondaires - L'envers de la pilule

 

Isabelle Hontebeyrie

Dernière mise à jour: 01-02-2013 | 13h56

Avec Effets secondaires (Side Effects), le réalisateur Steven Soderbergh propose un film à sensations fortes impliquant des psychiatres et des compagnies pharmaceutiques.

Avec une distribution étoilée comprenant Rooney Mara, Channing Tatum, Jude Law et Catherine Zeta-Jones, le cinéaste veut offrir ce qu’il a qualifié de «de tour de montagnes russes» lors d’entrevues conduites à Los Angeles le week-end dernier.

«Le long métrage débute d’une certaine manière, devient autre chose, puis se transforme encore. Effets secondaires s’ouvre sur le point de vue du personnage de Rooney Mara, puis on passe à celui de Jude Law et je voulais que ce soit une évolution insensible dont le public ne s’aperçoive pas. C’est un film qui surprend, qui entraîne le spectateur dans des développements auxquels il ne s’attend pas. Je regardais Double Indemnity l’autre soir et plus personne ne fait de film comme ça, ni comme Suspects de convenance ou La fièvre au corps

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Pas question donc de dévoiler les sous-intrigues et rebondissements. La trame narrative s’articule autour d’Emily (Rooney Mara), qui a épousé Martin Taylor (Channing Tatum), un jeune «trader» à Wall Street. Mais sa vie idyllique vole en éclat le jour où ce dernier est arrêté pour délit d’initié et condamné à quatre ans de prison. Emily doit donc subvenir à ses besoins toute seule. Quand Martin est libéré, elle sombre dans la dépression et fait une tentative de suicide.

Jonathan Banks (Jude Law) est le psychiatre qui lui propose un marché: elle ne sera pas institutionnalisée, mais devra prendre des antidépresseurs et suivre une thérapie. L’état de la jeune femme ne s’améliore pas et le médecin lui prescrit de nouveaux médicaments qui, eux, semblent calmer ses symptômes. Mais il y a un hic. Les effets secondaires des pilules génèrent une série de catastrophes. Un cadavre plus tard (non, pas question de savoir de qui il s’agit), Banks n’a plus de cabinet de pratique et tente de découvrir comment et pourquoi ses vies professionnelle et privée sont menacées.

«Scott [Z. Burns, le scénariste] a eu une excellente formule pour décrire Effets secondaires. Il m’a dit: “Nous avons déclaré la guerre au chagrin” et c’est exactement la manière dont j’ai abordé le film. Le fait que l’on ait une alternance de bons et de mauvais moments est devenu un problème dans la société d’aujourd’hui. Apparemment, il faut que l’on ait tous le même équilibre, ce que je trouve étrange comme concept», a détaillé Steven Soderbergh, que l’on connaît pour ses films Trafic, Contagion et Erin Brockovich, pour ne nommer que ceux-là.

Des acteurs enthousiastes

Si la présence du metteur en scène à la barre du projet a été un facteur déterminant pour tous les acteurs, c’est aussi le scénario qui les a tous fascinés. «Il a fallu que je lise le scénario deux fois, coup sur coup. Je n’ai rien vu venir», a ainsi confié Rooney Mara, choisie par le réalisateur après son court rôle dans Le réseau social.

«Chacun des personnages est multidimensionnel. De plus, on peut facilement s’identifier à leur désespoir et cela renforce le fait que personne n’est vraiment bon ni vraiment mauvais. Nous possédons tous les deux côtés de cette médaille et chacun d’entre nous, dans un moment de désespoir, peut agir de l’une ou l’autre de ces deux manières, qu’il s’agisse de sauver son mariage, sa famille ou sa réputation. Tout le monde est prêt à tout pour se protéger dans le film», a indiqué pour sa part Vanessa Shaw, qui incarne Dierdre Banks, la femme de Jonathan Banks.

Pour Catherine Zeta-Jones, qui tient le rôle de la Dre Victoria Siebert, une psychiatre qui a traité Emily, les raisons étaient plus personnelles. «J’ai de plus en plus de mal à quitter mes enfants et mon mari pour aller m’investir dans un projet. Mais dès que j’ai lu le scénario, j’ai sauté dans un avion. De plus, de travailler avec Steven pour la troisième fois ainsi qu’avec des acteurs d’un tel calibre a été un cadeau du ciel.»

Le sémillant Channing Tatum, qu’on a vu à moitié dénudé dans Magic Mike, autre film portant la griffe de Steven Soderbergh, a été particulièrement intéressé par les zones grises de Martin Taylor.

«C’est évident que, quel que soit le projet que Steven me propose, je dirais oui. Le sujet de la prise de médicaments me touche beaucoup, ayant été en contact avec des gens qui abusaient de pilules et qui avaient besoin d’aide. L’abus de médicaments vendus sous ordonnance est un problème particulier et criant en ce moment.»

«Le scénario est brillant, mais il a fallu que je regarde le film dans son entièreté avant d’en réaliser et d’en comprendre tous les rebondissements», a indiqué pour sa part Jude Law.

L’acteur – ainsi que toute l’équipe – a abondamment travaillé les aspects de son personnage avec le Dr Sasha Bardey (il connaît Scott Z. Burns depuis des années et l’a conseillé sur différents aspects du scénario d’Effets secondaires), s’immergeant dans le monde de la médecine.

«Pour moi, il était important de montrer que Jonathan Banks est un bon médecin. J’ai étudié avec Sasha les limites que se fixent les docteurs dans l’exercice de leur profession. D’un point de vue dramatique, il fallait également que je comprenne la manière dont sa vie se désagrège et comment tout s’écroule.»

«Effets secondaires est un divertissement qui fait réfléchir», a souligné Lorenzo di Bonaventura, à qui Steven Soderbergh avait parlé du projet il y a près de 10 ans.

Et le mot de la fin revient au scénariste, qui a dit: «Il ne faut pas se voiler la face. On se retrouve avec des patients qui veulent aller mieux, des compagnies pharmaceutiques qui veulent vendre leurs produits, des agences de publicité qui ont besoin de les aider à vendre leurs produits et des médecins qui veulent que leurs patients ailleurs mieux. De plus, un cabinet est beaucoup plus profitable si on voit quatre malades en une heure et qu’on leur écrit des ordonnances au lieu de prendre le temps de leur parler et de leur proposer une psychothérapie. De surcroît, bon nombre de patients ne veulent pas se lancer dans une psychanalyse. Ils voient une pub à la télé et veulent aller mieux instantanément, sans investir des années de leur vie.»

Effets secondaires prend d’assaut les salles de la Belle Province le 8 février prochain.


Quand Soderbergh s’intéresse à Liberace

Le cinéaste est actuellement en pleine postproduction de Behind the Candelabra, un téléfilm développé pour la chaîne HBO et qui sera diffusé ce printemps sur les ondes du réseau câblé.

Le long métrage raconte les six années de la relation passionnelle et tumultueuse de Liberace (Michael Douglas) et de son compagnon nettement plus jeune, Scott Thorson (Matt Damon).

«Finalement, si je regarde ma carrière, Behind the Candelabra est dans la lignée de mon premier film, Sexe, mensonges et vidéo. C’est un long métrage qui se concentre sur une relation amoureuse et dont le noyau peut être résumé par “c’est l’histoire de deux personnes dans une pièce”. Fondamentalement, c’est ça.»

Catherine Zeta-Jones a d’ailleurs profité de la conférence de presse d’Effets secondaires pour dévoiler une anecdote sur le tournage de Behind the Candelabra, Liberace étant incarné par son époux.

«Matt Damon m’a avoué que, lors des scènes dans lesquelles il devait embrasser Michael, il pensait à moi. J’ai trouvé que c’était un superbe compliment, très touchant.»

«Mais oui, c’est un peu “fucké”! J’imagine que c’est pour cette raison que Steven veut travailler avec nous de manière répétée... parce que nous ne sommes pas très nets! [Rires]»


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