Thérèse Desqueyroux, dernière héroïne de Claude Miller

Adaptation - Thérèse Desqueyroux, dernière héroïne de Claude Miller

 

Dernière mise à jour: 19-11-2012 | 09h40

Thérèse Desqueyroux, adaptation du roman de François Mauriac avec Audrey Tautou dans le rôle-titre, sort mercredi sur les écrans français (le 30 novembre sur les écrans québécois), et c'est le dernier film de Claude Miller, disparu au mois d'avril à 70 ans.

François Mauriac, lui-même fils d'un propriétaire terrien des Landes, a dit avoir eu trois inspiratrices pour le personnage de ce roman court et fort paru en 1927: Henriette Canaby, acquittée en 1906 d'une tentative d'empoisonnement de son mari, entrevue aux assises de la Gironde quand il était jeune homme; une jeune femme «ardente et brûlante, ayant probablement le goût des femmes», qui avait épousé un voisin de l'écrivain, un «fils unique de la campagne, très riche et très ordinaire de manières»; enfin une amie des Mauriac, dont «le grand front», «les cigarettes» et «une certaine façon d'être» ont bâti l'apparence de Thérèse.

En relisant Thérèse Desqueyroux, Claude Miller a découvert que «tout ce qu'(il) aime au cinéma était là», notamment «un climat d’ambiguïté qui exige du spectateur un travail pour rentrer dans le film», a-t-il raconté dans une entrevue réalisée avant son décès, publiée à l'occasion de la sortie du film.

Et Audrey Tautou, pour lui, «était exactement l'idée que je me faisais de Thérèse», cette riche héritière d'un domaine forestier des Landes, à la fois cartésienne et rêvant de quitter son monde immuable de convenances et de pins à perte de vue. Et qui ne devra paradoxalement la liberté qu'au suprême sens de la famille d'un mari qu'elle a tenté de tuer sans même le haïr vraiment.

Celui-ci, et le père de Thérèse, sont incarnés par Gilles Lellouche et Francis Perrin. Catherine Arditi, Anaïs Demoustier, Isabelle Sadoyan et Stanley Weber complètent la distribution.

Contrairement au roman et à sa première adaptation par Georges Franju en 1962, Claude Miller a choisi un récit linéaire plutôt que par flashback, technique à réserver selon lui «au téléfilm du samedi soir».

Mais, entre la beauté des paysages et la précision des costumes d'époque, il faut tout le talent d'Audrey Tautou pour, comme elle l'a expliqué jeudi lors d'une conférence de presse à Bordeaux, «exprimer l'intériorité de Thérèse», essentielle à l'histoire.

Franju, en choisissant l'épure visuelle, avec du noir et blanc et des costumes contemporains, et en conservant du roman les longs monologues intérieurs de l’héroïne, jouée par Emmanuelle Riva, s'était, de ce point de vue, plutôt facilité la tâche.

Le long métrage, financé en partie par la région Aquitaine et présenté en avant-première à Bordeaux, a été bien accueilli jeudi. Pierre, 36 ans, jugeait «le film très beau, quoique le personnage est peut-être difficile pour le cinéma». Renée, 73 ans, se rappelait «d'une ambiance beaucoup plus noire dans le roman».

Le réalisateur de Garde à vue, de L'effrontée et d'Un secret a observé dans la même entrevue que Thérèse Desqueyroux était en effet «son premier film avec un happy end».

Quoique se sachant très malade en le réalisant, Miller ne pensait pourtant pas qu'il s'agissait de son testament, témoigne Annie Miller, sa veuve, qui «accompagne le film» à présent, comme elle a accompagné «l'homme de sa vie», «pendant le tournage et pendant plus de 50 ans»...

Les acteurs évoquent, comme Francis Perrin, un tournage «d'une sérénité extraordinaire», décrit par Claude Miller lui-même comme «agréable avec des gens joyeux», même s'il «n'était pas le plus joyeux de la bande».

«Cela ne m'a pas empêché de le faire bien mais cela m'a donné une espèce de liberté: j'étais moins obsédé et anxieux que d'habitude parce qu'il m'arrivait quelque chose de plus grave qu'un film», concluait le réalisateur.

 


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