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Cannes - Le ruban blanc Palme d'or
© AP/Lionel Cironneau
Michael Haneke au centre, à gauche, Isabelle Huppert, la présidente du jury du Festival de Cannes, et à droite l'actrice et membre du jury, Robin Wright Penn.

CANNES

Le ruban blanc Palme d'or

David Germain
24-05-2009 | 15h06

Le cinéaste autrichien Michael Haneke, qui avait déjà décroché sur la Croisette le Grand Prix pour La pianiste en 2001 et le prix de la mise en scène quatre ans plus tard pour Caché, a obtenu dimanche avec son dernier film, Le ruban blanc, la récompense suprême, la Palme d'or du 62e Festival de Cannes.

Ce long-métrage, dont l'action se situe dans un village du nord de l'Allemagne, à la veille de la Première guerre mondiale, met en scène les enfants d'une chorale et leurs familles qui sont confrontés à des accidents étranges. Les incidents prennent une tournure qui s'apparente peu à peu à un rituel punitif dans ce film évoquant la montée du nazisme.

«Le bonheur est très rare», «c'est un moment de ma vie où je suis vraiment très heureux», a confié le cinéaste, qui s'est adressé à son épouse en recevant sa récompense. Il a serré dans ses bras Isabelle Huppert, présidente du jury et lauréate du prix d'interprétation en 2001 pour son rôle dans La pianiste, à la fin de la cérémonie présentée avec humour par l'acteur français Edouard Baer.

Autre succès pour l'Autriche: le jury du 62e Festival de Cannes a décerné son prix d'interprétation masculine à un compatriote de Michael Haneke, Christoph Waltz, pour son rôle dans Inglourious Basterds, un film de guerre de l'Américain Quentin Tarantino, dont l'action se déroule pendant la Seconde guerre mondiale. Le prix d'interprétation féminine a été attribué à la Française Charlotte Gainsbourg pour son rôle dans Antichrist du Danois Lars Von Trier, un film qui a divisé les festivaliers en raison de sa violence extrêmement crue et d'une scène de mutilation génitale difficilement soutenable. Dans cette fable sombre, un couple se retire dans un chalet pour faire le deuil de son enfant.

Charlotte Gainsbourg a remercié son partenaire dans le film, Willem Dafoe, le réalisateur Lars Von Trier, qui, a-t-elle dit, «m'a permis de vivre je crois l'expérience la plus intense, la plus douloureuse, et la plus excitante jusqu'à présent» de sa vie, et le comité de sélection du festival pour avoir «l'audace de sélectionner des films comme Antichrist». Elle a également eu une pensée pour son père, le défunt chanteur et acteur Serge Gainsbourg qui, a-t-elle espéré, aurait été fier d'elle.

La deuxième récompense par importance, le Grand Prix, est revenu à Un prophète du réalisateur français Jacques Audiard, qui évoque le milieu carcéral, en suivant l'itinéraire d'un jeune homme, Tahar Rahim, qui devient un vrai gangster au contact du milieu corse en prison.

«Je suis saisi d'un syndrôme d'imposture», a lancé le fils du plus célèbre dialoguiste français, Michel Audiard, en recevant son prix.

Fish Tank de la Britannique Andrea Arnold et Thirst, ceci est mon sang du Sud-Coréen Park Chan-wook, ont remporté ex-aequo la troisième récompense du festival, le Prix du Jury. Andrea Arnold avait remporté le même prix avec son premier film, Red Road, en 2006, alors que Park Chan-wook avait remporté le Grand Prix avec Old Boy en 2004.

Le prix de la mise en scène a été décerné au Philippin Brillante Mendoza (déjà en compétition officielle l'an dernier avec Serbis) pour Kinatay, une descente aux enfers dans les gangs de Manille.

Le réalisateur chinois Lou Ye, pour Nuit d'ivresse printanière, a reçu le prix du scénario, alors qu'un prix exceptionnel du jury (dans lequel figuraient notamment l'actrice italienne Asia Argento, le réalisateur américain James Gray et l'actrice américaine Robin Wright Penn) a été attribué au réalisateur français Alain Resnais, 86 ans, qui revenait en compétition officielle cette année avec Les herbes folles, presque 30 ans après Mon oncle d'Amérique.

La Caméra d'or, récompensant le meilleur premier film, a été décernée à l'Australien Warwick Thornton, pour Samson et Delilah, une histoire d'amour entre deux adolescents vivant dans une communauté aborigène isolée. Il a été préféré, entre autres, à J'ai tué ma mère du Québécois Xavier Dolan.

Le film Coco Chanel & Igor Stravinsky, réalisé par le Français Jan Kounen, avec notamment Anna Mouglalis et Mads Mikkelsen, a été projeté aux invités en clôture du festival.